Armes des Carissimo, d'azur et d'argent

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En 1647, Carlo Carissimo, un cavalier arrivé du royaume de Naples pour le siège d'Armentières, décide de rester à l'issue des combats. Il aura entre douze et quatorze enfants, desquels descendront les Carissimo de France.

Pieter Snayers, Le siège d'Armentières avec un arc-en-ciel, 1647

Pieter Snayers, Le siège d'Armentières avec un arc-en-ciel, 1647. Phoebus Foundation, Anvers.

1647Arrivée en Flandre
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Sommaire

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Histoire

Des siècles d'histoire, des origines italiennes à la branche française.

Généalogie

La descendance de Carlo sur treize générations, nommée jusqu'aux personnes nées il y a plus de cent vingt ans.

Armes

D'azur au cœur d'argent : le blason de Benevento figure par figure, et les pierres d'Oria qui le portent.

Documents

L'ensemble des documents rassemblés pendant nos recherches.

Insolites

Le nom croisé ailleurs : une chanson de grève de 1906, une pochette de disque, une enseigne, une brève de journal.

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Écrivez-nous : une date, une photographie, un acte d'état civil. Chaque pièce complète l'archive familiale.

Chapitre I

Histoire

Pieter Snayers, Le siège d'Armentières avec un arc-en-ciel, 1647. Commandée en août 1649 par le généralissime Ottavio Piccolomini, la toile est conservée à la Phoebus Foundation d'Anvers. Cliquer pour agrandir

Deux mentions reviennent au fil du texte : Attesté pour ce que les archives établissent, Tradition pour ce que la famille s'est transmis sans qu'un document vienne encore le confirmer. Les sources sont réunies en fin de texte.

Le récit, en neuf volets

Partie I Le printemps 1647

Une guerre-spectacle

Au printemps 1647, un cavalier arrivé avec les troupes siciliennes campe sous les murs d'Armentières. Il s'appelle Carlo Carissimo. À la fin du siège, il décide de rester.

Fraîchement nommé gouverneur général des Pays-Bas espagnols, l'archiduc Léopold-Guillaume d'Autriche entend marquer son avènement par un coup d'éclat. À l'image du jeune Louis XIV, il fait de la guerre de siège une dramaturgie royale : le souverain ne se contente plus de commander, il orchestre sa puissance depuis son campement.

Cette guerre théâtrale exige ses archivistes. Pieter Snayers, peintre officiel des Habsbourg à Bruxelles, capture les batailles avec une précision topographique. Sa vue en vol d'oiseau dévoile Armentières, le tracé de ses fortifications médiévales, la Lys et le réseau des retranchements. L'archiduc y figure sur un cheval bai se cabrant, manteau gris et chapeau à plume rouge, guidant son armée. Tout autour s'étendent les campements des cavaliers. Un arc-en-ciel traverse le ciel, symbole baroque de bénédiction divine et de renouveau sous la protection des Habsbourg.

Dix-neuf jours devant la ville

Attesté Le siège d'Armentières s'ouvre le 11 mai 1647 et se referme le 30, jour de l'Ascension, sur la reddition de la ville, occupée par les Français depuis 1645. Un contemporain en a tenu le journal, imprimé la même année, et ce petit livre nous est parvenu.

De ces dix-neuf jours, quatorze se passent la tranchée ouverte, selon l'expression du temps. C'est ainsi qu'on mesurait alors un siège : non depuis l'arrivée devant la place, mais depuis le jour où les assiégeants commencent à creuser, en zigzag, les boyaux qui doivent les mener au pied du rempart sans les exposer. Ces tranchées-là avancent, elles ne se tiennent pas, et elles n'ont de commun que le nom avec celles où la famille laissera deux des siens, deux siècles et demi plus tard.

Son titre porte un détail qui compte pour la suite : l'archiduc ne reprend pas seulement Armentières, il enlève dans la foulée le bourg et le château de Comines, à une douzaine de kilomètres en remontant la Lys. Les deux places tombent dans la même campagne, à quelques jours d'intervalle.

C'est à Comines que la famille s'établira, et qu'elle restera deux siècles. Le récit qui fait d'Armentières le point d'arrivée et celui qui fait de Comines le lieu d'installation ne se contredisent donc pas : ce sont les deux extrémités d'un même mois de mai.

Les cavaliers du Sud

En 1647, la guerre de Trente Ans touche à sa fin, mais celle que la France et l'Espagne se livrent depuis 1635 durera encore douze ans, et c'est elle qui se joue sur la Lys. La grande époque des condottieri est révolue : les troupes italiennes sont désormais des unités régulières à la solde du roi d'Espagne Philippe IV, et le sud de l'Italie, royaume de Naples et royaume de Sicile, appartient à la couronne espagnole depuis un siècle et demi. Ces deux royaumes fournissent à l'armée des Flandres une cavalerie légère d'exception, levée et payée sur place, que les états-majors appellent les troupes siciliennes ou les troupes napolitaines selon l'endroit où elles ont été rassemblées.

Leur mission est claire : verrouiller les axes le long de la Lys, étouffer le ravitaillement adverse et repousser les armées de secours. Le triangle formé par Comines, Wervik et Ypres est alors un espace de garnison permanent, où les mêmes routes servent aux deux camps selon les années.

La vie dans l'armée des Flandres est rude, sous des capitaines rapaces et des payeurs à court de fonds, malgré une explosion des dépenses de victuailles, de 200 000 florins par an vers 1577 à près de 1,8 million vers 1645. Hôpitaux militaires, mariages avec des Flamandes, pillages et mutineries de vétérans en dessinent le quotidien. Beaucoup de ces hommes ne rentreront jamais chez eux, non parce qu'ils sont tombés, mais parce qu'ils se sont mariés.

Une précision qui change tout

Une précision mérite d'être faite ici, car elle a longtemps égaré la recherche sur les origines de la famille.

Dans l'armée des Flandres, une unité portait le nom de la province où elle avait été levée et payée, puis se complétait au fil des campagnes de recrues venues de toute l'Italie et parfois d'ailleurs. La règle valait pour les tercios, les grands corps d'infanterie espagnols, comme pour les compagnies de cavalerie où servait Carlo. Un corps dit sicilien pouvait compter des Napolitains, des Romains, des Lombards, des Espagnols et des Flamands.

Arriver avec les troupes siciliennes ne signifie donc nullement être sicilien. C'est une nuance d'apparence technique, mais elle a orienté pendant trois siècles la recherche des origines de la famille vers la Sicile, où il n'y avait rien à trouver. Elle ouvre en revanche une autre piste, et celle-là mène quelque part.

Ce que l'on a longtemps dit du commandement

Tradition La mémoire familiale fait servir Carlo sous les ordres de Don Esteban de Gamarra, parfois appelé marquis de Sponderato.

L'homme a existé. Né à Bruxelles en 1593, mort à La Haye en 1671, il fut militaire avant de devenir diplomate, et représenta l'Espagne aux Provinces-Unies pendant les dix-sept dernières années de sa vie. Mais rien ne le rattache au siège d'Armentières, et le titre de marquis de Sponderato ne se rencontre dans aucun répertoire. C'est un nom qui s'est attaché au récit à une date inconnue, comme il arrive souvent aux traditions de famille : elles se dotent d'un chef.

Le cadre, lui, est solide. Le siège a eu lieu, l'archiduc le commandait, la cavalerie du Sud y était.

Partie II Carlo, dit « Romain »

Le surnom

Tradition Le surnom attaché à Carlo est « dit Romain ». Il nous vient du généalogiste flamand Arthur Merghelynck, qui compila vers 1900 un relevé des étrangers établis en Flandre occidentale, dans le Tournaisis et la châtellenie d'Ath.

Ce détail est plus précieux qu'il n'y paraît. Dans l'armée des Flandres, les soldats étrangers étaient couramment identifiés par un surnom d'origine, et c'est exactement ce que retient un greffier flamand devant un nom qu'il ne sait ni prononcer ni écrire. On note d'où vient l'homme, faute de savoir comment il s'appelle.

Or « Romain » ne désigne pas la Sicile. Il désigne Rome, et par extension l'ensemble de l'État de l'Église, car au XVIIᵉ siècle Romano servait couramment, dans les armées, à qualifier tout sujet du pape.

Benevento, l'origine la plus probable

De ce mot découle une hypothèse, et c'est aujourd'hui la plus solide dont on dispose : Carlo viendrait de Benevento, et appartiendrait à la famille Carissimo qui y était établie.

Trois raisons convergent.

La première est le surnom lui-même. Benevento est une enclave pontificale, une ville du pape enclavée dans le royaume de Naples. Un homme né là était administrativement un sujet de Rome, quelle que soit la géographie. Un natif de Benevento engagé au service de l'Espagne pouvait donc parfaitement être inscrit comme Romain sur les rôles de son unité, puis dans la mémoire d'un village flamand. C'est même le seul endroit d'Italie du Sud où l'on puisse être à la fois du royaume de Naples et de Rome.

La deuxième est la géographie militaire. Benevento se trouve au cœur du royaume de Naples, donc en territoire espagnol, et à quelques journées de marche des places où se levaient les troupes méridionales. Un homme de cette ville qui s'engageait dans l'armée des Flandres partait naturellement avec les troupes du Sud, celles que l'on appelait siciliennes ou napolitaines. Le surnom de Romain et l'arrivée avec les troupes siciliennes, qui semblent d'abord se contredire, se rejoignent exactement à Benevento.

La troisième est la plus concrète. En 1647, la famille de Benevento est la seule famille Carissimo documentée dans tout le sud de l'Italie. Le second texte en raconte l'histoire : elle est établie à Benevento depuis 1557 au moins, elle vient d'obtenir en justice sa réintégration parmi les nobles de la ville, en 1619 et 1622, et elle est alors en pleine ascension. Les autres foyers du nom sont ailleurs ou plus tardifs. En Sicile, il n'y a pas de Carissimo et il n'y en a jamais eu : la famille sicilienne s'appelait Carissima, avec un a, et son dernier représentant disparaît des registres en 1613, trente-quatre ans avant Armentières. Dans les Pouilles, la famille d'Ostuni ne sort de l'anonymat qu'au XVIIIᵉ siècle, et le foyer d'Altamura ne laisse aucune trace avant le XXᵉ. En Lombardie, la lignée de Parlasco est bien antérieure, mais elle est alpine et ne fournissait pas de cavaliers aux tercios du Sud.

Reste un détail qui n'a l'air de rien et qui pèse. Le troisième fils de Carlo, baptisé à Comines en 1660, se prénomme Romain. Le prénom est rare en Flandre à cette époque. On y reconnaît volontiers le surnom du père devenu prénom du fils, mécanisme fréquent chez les familles d'immigrés, qui gardent ainsi trace de ce qu'elles étaient quand elles ne peuvent plus le dire dans leur langue.

Quel aïeul ?

Tradition L'arbre généalogique que la famille de Benevento conserve, dessiné sur deux planches et envoyé à Thérèse Legrain Carissimo par un Don Alessandro Carissimo, de Rome, permet de resserrer l'hypothèse à une génération près. Le second texte en donne la transcription complète.

Carlo se marie à Comines en 1647 et son premier enfant y est baptisé l'année suivante : il est donc né entre 1615 et 1625 environ. Or, à Benevento, l'homme qui porte alors la ligne est Bartolomeo Carissimo, celui-là même que la Sacra Rota réintègre parmi les nobles de la ville en février 1619, marié à Claudia del Tufo, des seigneurs de Matino. Ses fils naissent précisément dans ces années : le plus connu, Giuseppe, jurisconsulte, sera député noble de Benevento en 1671.

L'hypothèse la plus économique est donc que Carlo fut un fils de Bartolomeo et de Claudia del Tufo, et un frère de ce Giuseppe. Son aïeul serait alors Girolamo Carissimo, jurisconsulte, gouverneur de la Santissima Annunziata de Benevento en 1580, marié à Isabella di Blasio.

Une variante reste ouverte et n'est pas moins vraisemblable. Bartolomeo avait deux frères, Antonio et Scipione, réintégrés avec lui en 1622. Carlo pourrait être le fils de l'un des deux, donc son neveu. L'arbre ne permet pas de trancher, pour une raison qui tient à sa forme même : il ne montre qu'une personne par génération, l'aîné qui porte la ligne. Antonio, Scipione et toute leur descendance en sont absents, comme en serait absent n'importe quel cadet parti à l'étranger.

Un prénom qui apparaît en 1664

Il y a sur cet arbre un détail qu'on ne remarque qu'en le lisant en entier, et il est troublant.

Le prénom Carlo n'y figure pas une seule fois avant 1664. De Pietro, noble de Parme au temps de Charles Iᵉʳ d'Anjou, jusqu'à Bartolomeo réintégré en 1619, la ligne aligne des Giacomo, des Pietro, des Giovanni, des Riccardo, des Bartolomeo, un Girolamo, un Giuseppe. Près de quatre siècles de prénoms, et pas un Carlo.

Puis, en 1664, Giuseppe le jurisconsulte donne ce prénom à son fils. Ce Carlo-là sera député noble de Benevento pendant cinquante-quatre ans et fera bâtir le palais familial. Il naît dix-sept ans après le siège d'Armentières.

Les familles italiennes réattribuaient couramment le prénom d'un enfant mort ou disparu, précisément pour qu'il ne s'éteigne pas. Si Carlo avait quitté Benevento vers 1645 pour les Flandres et n'avait plus donné signe de vie, les siens pouvaient le tenir pour mort au bout de quinze ou vingt ans, et son frère pouvait donner son prénom à son propre fils. C'est une hypothèse, et elle doit être présentée comme telle ; mais elle rend compte d'un prénom qui surgit sans antécédent dans une famille qui, par ailleurs, recyclait les siens avec une constance remarquable.

Elle a une conséquence qu'on ne lit pas sans un pincement. À l'instant où l'on redonnait ce prénom sur un fond baptismal de Benevento, l'homme qu'il commémorait peut-être était vivant à Comines, marié depuis dix-sept ans, et père de sept enfants.

Ce que cela donne à chercher. Les registres de baptême des paroisses de Benevento, entre 1615 et 1630, devraient porter un Carolus Carissimo fils de Bartolomeo. Le trouver ne prouverait pas encore qu'il s'agit de l'homme de Comines, mais ce serait le premier document à relier les deux histoires par autre chose qu'un raisonnement.

Ce qui manque encore, et ce qui s'explique

Il faut le dire nettement : aucun document ne nomme encore l'origine de Carlo. Ce faisceau est cohérent, il est le meilleur dont on dispose, mais il n'a pas la force d'un acte.

Une chose, en particulier, demanderait à être expliquée : le métier. Le seul que la tradition attache à la famille dans ces années-là, celui d'un Carissimo « dit Romain » conducteur de charrois puis chaufournier, est loin du rang qu'occupaient à Benevento les Carissimo, députés nobles au conseil de leur ville et bâtisseurs de palais. On verra plus loin que cette mention ne vient que d'une notice de seconde main, et qu'on ignore même si elle désigne Carlo ou l'un de ses fils.

L'explication la plus simple est celle d'un cadet. Dans les familles italiennes de ce rang, l'aîné gardait la maison, le nom et les terres ; les puînés prenaient l'Église ou les armes. Un fils cadet parti servir en Flandre à vingt ans, marié là-bas et jamais revenu, ne recevait rien et ne laissait rien : il disparaissait du patrimoine comme de la mémoire. Et il disparaissait aussi des arbres généalogiques, car celui que la famille de Benevento a conservé, et dont une copie est parvenue jusqu'aux Carissimo de France, ne représente qu'une personne par génération, l'aîné qui porte la ligne. L'absence de Carlo sur ce document n'est donc pas une preuve d'absence : c'est une conséquence de sa forme.

On peut ajouter que rien, en Flandre, ne montre Carlo revendiquant un titre, des armes ou une mémoire de noblesse. Il s'intègre comme un homme du commun, ce qui est exactement ce que devenait, en une génération, un cadet sans héritage à quatorze cents kilomètres de chez lui, et davantage encore par les chemins de l'époque.

Un mot sur les noms voisins

On a parfois rapproché de cette immigration militaire les patronymes flamands Pouille, Delepouille et Flipo, en les faisant venir des Pouilles. L'étymologie ne tient pas : Flipo est une forme picarde et flamande de Philippe, par Philippot, et Delepouille porte l'article picard de le, c'est-à-dire « du », qui annonce un lieu-dit local.

Ce qui reste vrai, en revanche, c'est que la mémoire orale de la vallée de la Lys a gardé le souvenir de ces cavaliers venus du Sud, qu'on y appelait les Pouillons. Elle l'a gardé comme une histoire, et c'est déjà beaucoup.

Le nom de Carissimo, lui, a conservé sa consonance italienne d'origine là où d'autres se sont fondus dans la langue du pays. Il reste, dans le Nord, l'un des marqueurs les plus nets de cette immigration militaire au service des Habsbourg.

Partie III Comines

Le mariage et les onze baptêmes

Tradition Le destin de Carlo bascule sur les rives de la Lys. Il tombe amoureux, dépose les armes et s'installe définitivement en Flandre, à Comines, où il épouse Catherine Vandevoorde. La mémoire familiale place ce mariage en 1647.

Attesté Il obtient dans le même temps le droit de bourgeoisie, le poorterrecht. Les registres le portent comme étranger : il prête serment et reçoit sa lettre de bourgeoisie vers 1647, enregistrée dans la juridiction d'Ypres.

Ce n'est pas une formalité d'écriture. Sans ce droit, un étranger ne peut ni acquérir un bien ni commercer sans acquitter la surtaxe d'aubaine qui frappe les non-bourgeois. Avec lui, Carlo relève de la fiscalité et des usages de ses voisins. C'est le moment où le cavalier de passage devient un habitant, et c'est ce qui rend possible tout ce qui suivra : les terres, les dettes et les contrats qu'on lui verra passer devant le notaire de Warneton.

Ce droit ne vaut que là où il a été acquis, et ne se transmet pas : c'est pourquoi ses descendants devront acheter, à Comines même, la bourgeoisie de leur propre ville, trois fois en trois générations à partir de 1722.

Attesté Onze enfants naissent de cette union et sont baptisés à Comines sur vingt-cinq ans.

AnnéeEnfant
1648Antoine Charles
1650Catherine
1656Charles, le 30 avril
1658Simone
1660Romain
1662Marie Françoise
1664Guillaume Léopold
1665Marie Élisabeth
1667Marie Catherine
1668Jean-Baptiste, le 4 mars
1673Rosalie

Un douzième enfant, Pierre, est mort le 4 mars 1668, le jour même de la naissance de Jean-Baptiste, ce qui laisse penser à des jumeaux dont l'un ne survécut pas. La tradition parle parfois de quatorze enfants ; il est possible que d'autres baptêmes apparaissent au dépouillement complet du registre, ou que des enfants morts en bas âge soient restés dans la mémoire sans laisser de trace écrite.

Charles, la souche

Attesté C'est de Charles, baptisé le 30 avril 1656, que descendent tous les Carissimo de France.

Sur les douze enfants de Carlo, un seul autre s'est marié et a eu des enfants : l'aîné, Antoine Charles, dont on connaît une fille née en 1671 et un fils, Robert, né en 1674, mais dont on ne connaît aucune postérité. Le dixième, Jean-Baptiste, s'est marié à Ypres en 1691 sans qu'aucun enfant soit connu de lui. Toutes les autres lignes s'arrêtent à la première génération.

Charles épouse le 4 juin 1678 Marie-Jeanne Pauwells, et c'est de deux de leurs fils que sortent les deux grandes lignées d'aujourd'hui.

Jean-Baptiste (1685-1741), cordonnier, reçu bourgeois de Comines en 1722 comme « fils de feu Charles », donne la branche de Comines, puis de Roubaix : près de cinq cents descendants.

Charles (1692-1752) donne, par son fils Jean-Baptiste parti pour Hollebeke vers 1755, la branche de Flandre : environ quatre-vingts descendants.

Treize générations plus tard, l'arbre de la famille compte trois cent quarante-quatre porteurs du nom et près de six cents personnes en tout. Ils remontent tous à ce couple de Comines de 1678.

Ce que l'on a longtemps cru de la mort de Carlo

Deux dates ont circulé pendant des décennies, et il faut aujourd'hui les laisser de côté.

On a longtemps écrit qu'il était mort en 1656. La chronologie des baptêmes l'interdit : ses enfants continuent de naître pendant dix-sept ans après cette date.

On a cru ensuite le trouver mort à Ypres le 5 juin 1691. Il existe bien un acte à cette date exacte, dans cette ville exacte, au nom de Carissimo. Mais c'est un acte de mariage, non une sépulture, et l'époux se prénomme Jean-Baptiste. En latin comme en français, Carlo devient Carolus ou Charles, jamais Joannes Baptista. Il s'agit selon toute vraisemblance de son dixième enfant, baptisé à Comines le 4 mars 1668, qui épouse ce jour-là Joanna Clara Gholier et a vingt-trois ans et trois mois. C'est d'ailleurs le seul Carissimo alors vivant et en âge de se marier.

La confusion s'explique. Elle est née d'un index mal lu, s'est fixée dans un arbre généalogique en ligne, puis s'est recopiée d'arbre en arbre jusqu'à devenir une évidence. Le même chemin a fait de Carlo un « Don Carlos » et un « soldat sicilien », deux qualités qu'aucun document ne lui donne.

Où et quand Carlo s'est éteint reste donc inconnu. On le sait vivant après 1673, et l'on peut supposer qu'il n'a pas été enterré à Comines, où son nom ne figure dans aucune sépulture relevée pour le siècle.

Le chaufournier de Wytschaete

Tradition Merghelynck décrit un Carissimo « dit Romain » conducteur de charrois pour la garnison vers 1678, puis établi chaufournier à Wytschaete en 1681.

On ignore de qui il parle. La notice ne nomme qu'un homme, et deux lectures restent ouvertes.

Ce peut être Carlo lui-même. Marié en 1647, il est né vers 1615 ou 1625, ce qui lui donne entre cinquante-trois et soixante-six ans en 1681 : c'est un âge avancé pour l'époque, mais nullement impossible pour un homme qui tient un four à chaux plutôt qu'il ne le sert. Et le sobriquet « dit Romain » désigne d'ordinaire l'immigré lui-même, non ses enfants nés au pays.

Ce peut être aussi l'un de ses fils, et l'on a pensé à Charles, vingt-deux ans en 1678 et vingt-cinq en 1681, parce que c'est de lui que descend toute la famille. Mais il faut être net : aucun document ne donne de métier à Charles, ni le fichier de la famille ni les archives consultées, et ses frères aînés Antoine Charles, né en 1648, et Romain, né en 1660, feraient d'aussi bons candidats. Le sobriquet du père a pu se transmettre comme un nom officieux, ce qui était l'usage, mais rien ne dit qu'il l'ait fait.

Wytschaete se trouve à une dizaine de kilomètres de Comines, en Flandre occidentale : l'homme, quel qu'il soit, s'est établi à la limite du monde de Carlo. Les registres paroissiaux de Wijtschate pour les années 1675 à 1685 pourraient fournir la réponse.

Devant le notaire de Warneton

Attesté En 1671, un Charles Carissimo comparaît à sept reprises devant maître Guillaume de Remaulx, notaire à Warneton. Ce sont les plus anciennes traces de ses affaires.

Sept actes en une année dessinent un homme qui a des affaires : des terres, des dettes, des contrats. On ignore encore s'il s'agit de Carlo, dont le prénom aurait été francisé, ou de son fils, qui n'a alors que quinze ans. La première hypothèse est de loin la plus vraisemblable : on ne passe pas sept actes notariés à quinze ans.

Ces sept actes sont, avec l'acte de mariage de 1647, le document le plus prometteur qui reste à lire : un notaire du XVIIᵉ siècle identifiait volontiers les parties par leur lieu d'origine.

Partie IV Cordonniers, puis bourgeois

Trois générations, trois cérémonies

Attesté Le XVIIIᵉ siècle voit la famille prendre racine et gravir un échelon.

Le 22 septembre 1722, Jean-Baptiste Carissimo, cordonnier demeurant en ville, fils de feu Charles, est reçu bourgeois de Comines pour douze florins, à la condition qu'en cas d'achat ou d'héritage il paie le droit seigneurial comme les autres.

Le 22 décembre 1752, son fils Jean-Baptiste, marié deux ans plus tôt à Marie Magdeleine Joseph Desmaricourt, est reçu à son tour pour vingt-quatre florins.

En 1776, c'est le petit-fils, époux d'Anne Françoise Milleville, qui achète le même droit.

Trois générations, trois cérémonies, et le doublement du prix en trente ans. La famille monte, et la bourgeoisie de Comines, chez elle, s'achète : elle ne se transmet pas. Le premier Jean-Baptiste la paie à trente-sept ans, sur ses économies de cordonnier. C'est le parcours d'une famille d'artisans venus d'ailleurs, qui s'installe lentement dans sa ville et finit par y compter.

Le métier se transmet en même temps que le prénom. On trouve encore un cordonnier Carissimo au début du XIXᵉ siècle, quatre générations après le premier.

Chrysole

Dès la deuxième génération, la famille adopte un prénom qui n'a rien d'italien : Chrysole, du saint patron de Comines. Le premier Chrysole Carissimo est baptisé le 19 avril 1699.

Le prénom se transmettra pendant plus de deux siècles, jusqu'à Paul Chrysole Carissimo (1857-1936). C'est le signe d'une intégration achevée, et c'est aussi, comme on va le voir, une signature qui permet de reconnaître la famille partout où elle passe.

Partie V La branche de Flandre

Le départ

Attesté Vers le milieu du XVIIIᵉ siècle, une partie de la famille quitte Comines.

Jean-Baptiste Carissimo, né à Comines le 20 avril 1716, cordonnier comme son père, avait épousé en novembre 1739 Pétronille Breine, née dans la même ville. Leur fils Pierre Joseph y naît encore en 1752. Mais Pétronille meurt le 28 juillet 1759 à Hollebeke, dans la couronne d'Ypres, et son mari le 23 mai 1784 au même endroit.

Le départ se situe donc entre 1752 et 1759. On ignore ce qui l'a décidé : une terre, un atelier, une alliance. Ce que l'on sait, c'est que de ce couple descend toute la branche flamande de la famille.

Une géographie

Les villages où les Carissimo apparaissent ensuite forment un arc d'une quinzaine de kilomètres autour d'Ypres, du côté est et sud-est :

Ieper (Ypres), Zillebeke, Hollebeke, Zandvoorde, Geluveld, Beselare, Houthem, Wervik, Neerwaasten.

La famille ne saute pas d'un point à l'autre : elle progresse, en remontant la Lys puis les crêtes vers Ypres, de village en village, sur trois générations.

Ce sont exactement les lieux que la guerre de 1914-1918 rasera. Le saillant d'Ypres.

Le fil du prénom

C'est un prénom qui permet de suivre cette branche, et tous ceux qui le portent ici sont bien des Carissimo. On trouve un Chrysole Carissimo baptisé à Geluveld en 1802, fils de Médard ; un Chrysologus Carissimo, père de Cornelia Thecla mariée à Comines en 1785 ; un Chrysol Felix Carissimo marié à Zillebeke en 1797 ; et un Grisole Felix Carissimo, père de Petrus Jacobus Josephus marié à Hollebeke en 1828.

Chrysole est le saint patron de Comines, et la famille le porte depuis 1699. Où qu'elle aille, elle emporte le nom de sa ville.

Quelques figures

Attesté Le fils du couple parti à Hollebeke, Pierre Joseph Carissimo, épouse Catherine Rose Valenduc à Houthem le 20 septembre 1785, et fonde là une lignée qui traversera tout le XIXᵉ siècle : on y relève des naissances et des mariages jusqu'en 1890, dont Augustin Joseph Carissimo (1857-1927), journalier, et Marie-Joseph Carissimo (1854-1931), mariée en 1884 à Joachim Spinnewyn.

À Wervik, un Charles Louis Carissimo épouse Marie Constance Leroy en 1765. À Geluveld, Médard Carissimo (1774-1837), maçon et journalier, marié à Wervik en 1801, fait le lien entre le pays d'Ypres du XVIIIᵉ siècle et les familles du XIXᵉ. À Beselare, un Pierre Carissimo élève huit enfants entre 1829 et 1845.

D'autres apparaissent plus loin encore, à Bruges dès 1706, à Tournai en 1868. La famille s'était mise en mouvement.

Le cadre

Ypres fut espagnole jusqu'en 1678, puis française de 1678 à 1697, prise par Louis XIV et fortifiée par Vauban, avant de revenir aux Pays-Bas espagnols au traité de Ryswick.

Si Carlo est bien arrivé en 1647 avec les troupes espagnoles, Ypres était alors une place espagnole à treize kilomètres de Comines. Et quand son fils s'y marie en juin 1691, la ville est devenue une forteresse française. La famille a traversé sur place le changement de souveraineté, sans bouger, comme tant d'autres dans cette région où la frontière se déplaçait plus vite que les gens.

Partie VI Du bois, de la laine, et un soldat

Un soldat de l'Empire

Au tournant du siècle, un Carissimo quitte Comines non pour affaires, comme le feront ses cousins, mais pour la guerre.

Attesté Charles-Édouard Carissimo est baptisé à Comines le 31 octobre 1790. Il est le fils de Jean-Baptiste Carissimo, le troisième de ce nom à avoir acheté la bourgeoisie de la ville, et d'Anne Josèphe Milleville. Il a vingt ans quand l'Empire est à son apogée.

Tradition La mémoire familiale en fait un soldat de Napoléon, puis de Murat, et un chevalier de la Légion d'honneur.

Si c'est bien du roi de Naples qu'il s'agit, et non du maréchal commandant la cavalerie de la Grande Armée, il y a là un retournement qui mérite d'être relevé : cent soixante ans après qu'un cavalier venu du royaume de Naples se fut arrêté sur la Lys, son descendant à la cinquième génération repart servir le souverain de ce même royaume. La famille aurait refait le chemin en sens inverse, cinq générations plus tard et sous un autre drapeau.

Sa date et son lieu de mort restent à établir, et son dossier de Légion d'honneur, s'il existe, se trouve dans la base Léonore des Archives nationales.

Le siècle des négociants

Au XIXᵉ siècle, la famille change de métier et de dimension. Les professions relevées au fil du siècle disent la même montée : de cordonnier à maître charpentier, puis marchand de bois, négociant en bois, tisseur-filateur, filateur et marchand de laines. L'artisanat du cuir, puis le bois, puis le textile. C'est la trajectoire de tout le Nord.

Attesté Louis Désiré Joseph Carissimo, né à Comines en mars 1815, marié le 27 juin 1841 à Joséphine Charlotte Augustine Parent, née dans la même ville en 1816, ouvre un commerce de bois au bord de la Lys. Il meurt en 1893, elle en 1901, laissant dix enfants.

La scierie qu'il fonde restera dans la famille pendant près de cent quatre-vingts ans.

Carissimo Frères, bois et scierie mécanique

Attesté Au XXᵉ siècle, l'affaire porte un nom et un papier à en-tête : Carissimo Frères, bois, scierie mécanique, Comines (Nord). La maison y est dite société à responsabilité limitée au capital de trois cent mille francs, avec le téléphone 64 et son inscription au registre du commerce de Lille.

Une facture du 18 avril 1927 la montre au travail : un lot de pièces de bois livré à un client de Wervicq, rue de l'Industrie, « payable dans Comines au comptant net ». La formule imprimée sur toute la largeur du feuillet dit assez le métier : vente et livraison, sans crédit.

La maison recrute, et par-dessus la frontière. Le 5 janvier 1929, une annonce en français paraît dans un journal d'Ypres : « Scierie mécanique. Recherche ouvriers au courant scie à dédoubler et moulurière. Bons salaires. Travail assuré toute l'année. S'adresser Carissimo frères, bois, Comines-Nord. » Travail assuré toute l'année : dans le Nord de 1929, ce n'est pas une formule creuse, c'est l'argument.

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Florent Ignace Henri, ou l'entrée dans le notable

Attesté Florent Ignace Henri Carissimo, né à Comines le 25 octobre 1839 et mort à Roubaix le 15 mars 1919, est tisseur-filateur. C'est avec lui que la famille passe de la Lys à Roubaix, et du commerce à l'industrie.

Membre de la Chambre de commerce de Roubaix pendant plus de vingt-cinq ans, il en est vice-président, et il en assure la présidence par intérim pendant la guerre de 1914-1918. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le 11 octobre 1906.

De son mariage avec Julie Pauline Dumortier viennent les deux figures roubaisiennes du siècle suivant : Fernand, dont il sera question plus loin, et André Alphonse Jules (1884-1960), filateur et marchand de laines.

Février 1906 : la chanson des grévistes

Solidarité ouvrière, feuille volante imprimée, 27 février 1906. Bibliothèque municipale de Roubaix, classeur Chansons.

Attesté Une feuille volante imprimée à Roubaix porte cette mention : Solidarité ouvrière, chanson en patois de Roubaix, chantée par les Ouvriers de chez Carissimo. Elle est datée du 27 février 1906, se chante sur l'air de Misère ! Misère !, et compte cinq couplets et un refrain.

C'est une chanson de grève, et elle vise le patron autant que la misère.

Mes amis j'peux dire qua Roubaix / Les ouvris n'sont pos fort heureux / In l'satinds s'plainte d'tous côtés / Mais la faute elle ne vint pos d'eux

Faire grêfe, faire grêfe / Vraimint ch'est malheureux / Mais cha n'impêch / Qu'in n'dést personne honteux

Le quatrième couplet s'adresse directement à l'employeur : « et nous patron vous l'savez bin, i n'a pos inn' tête à ploy », mais grâce aux sous qu'on ramasse dans les villes et les villages, il faudra bien qu'il cède. Le cinquième dit la peur de la mise à pied, et le principe qui y répond : « car si l'boteux n'peut pus rintré, eh bin nous autes in veut pus ouvrer ».

Le document ne nomme pas celui des Carissimo qui dirigeait alors l'établissement, et rien n'y désigne un membre de la famille. Il donne en revanche quelque chose que les notices biographiques ne donnent jamais : le nom de la maison vu depuis l'atelier. La même année, le 11 octobre, Florent Ignace Henri Carissimo était fait chevalier de la Légion d'honneur.

Roubaix et Fourmies

Attesté Deux cartes postales anciennes montrent les établissements. À Roubaix, l'usine Carissimo occupe le quai du Sartel, le long du canal : un long bâtiment à sheds, une cheminée, et les péniches à quai devant les ateliers. À Fourmies, dans l'Avesnois, la filature Carissimo se dresse au chemin des Blés, en lisière de la ville.

Fourmies est alors l'une des capitales de la laine peignée. Qu'une filature du nom s'y soit tenue, en plus de l'usine de Roubaix, dit l'étendue prise par l'affaire en une génération. Reste à établir qui la dirigeait et à quelles dates : c'est un pan de cette histoire qui n'a pas encore été cherché.

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Deux branches

C'est aussi le moment où la famille se partage, et l'on distingue depuis lors deux branches.

Celle de Comines reste sur la Lys, dans le bois et le commerce, et c'est elle qui traversera les deux guerres sur place.

Celle de Roubaix entre dans l'industrie textile. Vingt et un Carissimo y naissent, cinq dans les trois dernières décennies du XIXᵉ siècle et les autres au XXᵉ, et la famille y devient une famille d'industriels de la laine.

Viennent ensuite Lille, La Madeleine, Croix, Tourcoing, Linselles et Halluin, puis Paris au XXᵉ siècle, et plus loin encore : la Moselle, le Var, le Pas-de-Calais, et jusqu'à la Nouvelle-Calédonie, où le nom connaît aujourd'hui l'une de ses plus fortes densités au monde.

Partie VII Le XXe siècle

1914-1918 : les évacués, l'otage et deux morts au front

Attesté Quatorze Carissimo figurent sur les listes d'évacués de Comines en 1917 : Albert, Paul, Mme Carissimo-Desmarets, Marie Louise épouse Derhore, Marie, Maria, Julienne, Joséphine, Jean, Georges, Fernand, Espérance épouse Mille, Alphonse.

C'est un instantané de la famille à la veille de la destruction de la ville, et c'est le moment où son histoire rencontre l'Histoire de la manière la plus dure. Car les villages où la branche flamande s'était installée cent soixante ans plus tôt, Hollebeke, Zillebeke, Zandvoorde, Geluveld, Beselare, sont ceux du saillant d'Ypres, effacés de la carte entre 1914 et 1918. La guerre passe deux fois sur les lieux de cette histoire, à l'aller et au retour.

Deux hommes de la famille ne rentrent pas.

Jules Julien Carissimo, né à Houthem le 27 décembre 1873, rubanier, marié en 1897 à Joséphine Marie Desmarets, est tué le 6 juin 1915 à Somme-Tourbe, dans la Marne, sur le front de Champagne. Il reçoit la médaille militaire.

Julien Louis Carissimo, né à Comines le 18 septembre 1877, meurt le 15 novembre 1916 à Pressoire, dans la Somme, dans les derniers jours de la bataille. Sa fiche porte la mention Mort pour la France.

Et un troisième est emmené. Fernand Carissimo, désigné comme otage par l'occupant, est déporté à Holzminden, en Basse-Saxe, du 1ᵉʳ novembre 1916 au 25 avril 1917, avec d'autres Roubaisiens et Roubaisiennes, par mesure de représailles.

Fernand Carissimo et les allocations familiales

Fernand Ignace Carissimo, 1877-1956, filateur et président de la Chambre de commerce de Roubaix
Fernand Ignace Carissimo (1877-1956), président de la Chambre de commerce de Roubaix de 1932 à 1938.

Attesté Fernand Ignace Carissimo, né à Roubaix le 31 juillet 1877 et mort au Mont d'Halluin le 9 avril 1956, filateur, est celui dont l'action a porté le plus loin hors de la famille.

Il suit son père à la Chambre de commerce de Roubaix : trésorier en 1924, président de 1932 à 1938, puis président d'honneur. Il préside également la Banque régionale du Nord, la caisse d'assurance La Flandre, et la caisse de liquidation des opérations à terme du marché de Roubaix.

Mais c'est ailleurs qu'il laisse la trace la plus durable. À la direction du Consortium de l'industrie textile de Roubaix-Tourcoing, fondé en 1919 par Eugène Mathon, il participe à la mise en place des allocations familiales. Le textile du Nord est l'un des berceaux du système : il naît là, dans des caisses de compensation créées par les industriels, avant d'être généralisé par la loi une quinzaine d'années plus tard. Ce que touchent aujourd'hui les familles françaises a commencé dans ces bureaux.

Il eut onze enfants de deux mariages, trois de Jeanne Cuvelier épousée en 1903, huit de Marie Delattre épousée en 1911. Il perdit pendant la guerre de 1940-1945 son fils Francis et son gendre Marcel Requillart. Ses obsèques furent célébrées à Roubaix, en l'église Saint-Martin, le 12 avril 1956, devant une foule nombreuse.

12 juin 1940 : le pont de Cocherel

Attesté Francis Carissimo, né à Croix le 25 septembre 1916, quatrième enfant du second mariage de Fernand, est tué le 12 juin 1940 au pont de Cocherel, à Hardencourt, dans l'Eure. Il a vingt-trois ans.

Ce n'est pas un accident de la retraite mais un engagement identifié : les combats des 11 et 12 juin 1940 à Hardencourt-Cocherel, où l'armée française tenta de tenir les passages de l'Eure devant la poussée allemande vers la Seine et la Normandie. Un mémorial les commémore sur place, et trois plaques s'y sont succédé depuis le milieu des années 1960.

Francis est inhumé à Bischwiller, dans le Bas-Rhin, et fait chevalier de la Légion d'honneur. Pour un homme de vingt-trois ans qui n'était pas officier de carrière, cette croix suppose une citation, donc un acte précis : le texte de cette citation reste à retrouver.

Un récit des combats, conservé dans le dossier familial, le suit heure par heure. Le 11 juin au matin, le premier escadron du 4ᵉ régiment de dragons portés reçoit l'ordre de tenir le pont de Cocherel ; son chef, le lieutenant Pottier, s'y porte avec le peloton de Francis, que le capitaine Baillet accompagne jusqu'au pont. Le pont est désert, mais découvert de toutes les crêtes environnantes. Les hommes dressent des barricades sous le feu, à quelques pas de la statue d'Aristide Briand. Le lendemain, l'escadron est décimé : « deux chefs de peloton, le lieutenant Chaperon et le sous-lieutenant Carissimo sont tombés à leur tour, le second mortellement blessé ». Le capitaine Bonamy est tué peu après en traversant la route. Il ne reste plus un officier debout, et l'escadron tient encore.

Une lettre du secrétariat d'État aux Anciens Combattants, adressée au maire de Hardencourt-Cocherel le 13 mars 1991, en donne l'état civil exact : Francis, Albert, Yves, Marie-Joseph Carissimo, matricule 1555 au recrutement de Lille, « Mort pour la France » le 12 juin 1940, transféré le 15 juin 1971 au cimetière civil de Bischwiller. Sa tombe le dit à sa manière : ici repose auprès de ses ancêtres alsaciens. C'est la famille de sa mère, Marie Delattre, qui le reprend.

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Paul Carissimo

Paul Carissimo, vice-président de la Société d'Histoire de Comines-Warneton, chez lui à Comines
Paul Carissimo, chez lui à Comines. Photographie Michel Sence.

La ville se relève, et la famille avec elle.

Paul Hector Ghislain Carissimo, mort le 15 janvier 2018 à quatre-vingt-quinze ans, licencié en droit et marchand de bois, exploitait encore la scierie au bord de la Lys ouverte par Louis Désiré dans les années 1840. Vice-président de la Société d'Histoire de Comines-Warneton et cofondateur de l'association des Amis de Comines avec André Schoonheere et Jean Ravau, il fut l'une des mémoires vivantes de sa ville, et un collectionneur infatigable de documents sur son histoire.

Il est aussi l'un des plus grands contributeurs aux recherches sur l'origine de la famille. Le blog Sous le beffroi de Comines lui a consacré en janvier 2020 une notice, « Paul Carissimo, mémoire vivante de Comines ».

Aujourd'hui

L'arbre généalogique de la famille compte à ce jour trois cent quarante-quatre porteurs du nom, dont trois cent dix-neuf descendent de Carlo, et cinq cent quatre-vingt-neuf personnes en comptant les conjoints et les alliés, sur treize générations.

Dans le monde, le nom se concentre sur deux foyers : l'Italie, avec environ six cents personnes, et la France, avec environ deux cent soixante. Le reste se disperse par petits groupes, aux États-Unis, au Brésil et ailleurs, au gré des émigrations du siècle dernier.

Partie VIII Ce que l'on ignore encore

L'origine exacte de Carlo demeure la question ouverte de cette histoire. Benevento en est aujourd'hui la réponse la plus probable, mais elle attend encore sa preuve, et trois documents pourraient l'apporter. Ils existent, et personne ne les a encore lus.

Son acte de mariage, dans le registre de Comines qui couvre les années 1617 à 1694. Les curés de Flandre notaient d'ordinaire la provenance des étrangers qu'ils mariaient, en latin, sous la forme oriundus ex, originaire de. Une seule ligne suffirait.

Les sept actes de 1671 passés devant le notaire de Warneton, où un notaire du XVIIᵉ siècle avait toutes les raisons de préciser d'où venait l'homme qui se présentait devant lui.

Le relevé de Merghelynck, source du surnom « dit Romain », qui n'a jamais été consulté directement par la famille et dont on ne connaît le contenu que de seconde main.

Une quatrième piste mérite d'être ouverte du côté italien : les registres de baptême des paroisses de Benevento, entre 1615 et 1630, où devrait figurer un Carolus Carissimo fils de Bartolomeo, né au bon moment pour se trouver en Flandre en 1647.

Ce qui est certain tient en peu de lignes, et c'est déjà beaucoup. Un cavalier venu du Sud s'arrête à Comines au printemps 1647. Onze enfants baptisés, un métier de cordonnier transmis sur quatre générations, une bourgeoisie achetée florin après florin, une branche partie vers Ypres et restée cent cinquante ans dans les villages du saillant, un commerce de bois au bord de la Lys tenu de 1840 jusqu'à nos jours, et plusieurs centaines de descendants aujourd'hui en France et ailleurs.

Carlo était là, quelque part au milieu des centaines de cavaliers peints par Snayers.

Appareil Sources

Archives publiques

Archives départementales du Nord, registres paroissiaux et d'état civil de Comines, cinquante-sept registres couvrant 1617 à 1890, numérisés et consultables en ligne.

Archives de l'État en Belgique, base des analyses d'actes, pour les paroisses de Flandre occidentale.

Archives de la ville d'Ypres, registres paroissiaux des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles conservés sur microfilm. Les registres de population antérieurs à 1900 ont été détruits pendant la Première Guerre mondiale.

Archives de l'État à Mons, notariat ancien de Warneton, registre du notaire Guillaume de Remaulx, 1671-1692.

Archives municipales de Comines, Maison du Patrimoine, registres de catholicité.

Dépouillements et travaux

Société d'Histoire de Comines-Warneton et de la Région, base de dépouillement des actes de treize communes de part et d'autre de la frontière.

Gérard Zègre, liste des bourgeois de Comines, Mémoires de la Société d'Histoire de Comines-Warneton et de la Région, tome 30, 2000.

Arthur Merghelynck, Les étrangers en West-Flandre, dans le Tournaisis et la châtellenie d'Ath, Tablettes des Flandres, Bruges, recueil 6, 1956.

Contexte historique

Journal du siège de la ville d'Armentières, 11 au 30 mai 1647, numérisé sur Gallica.

Geoffrey Parker, The Army of Flanders and the Spanish Road, pour l'organisation, la solde et la vie quotidienne des troupes espagnoles aux Pays-Bas.

Pieter Snayers, vues de sièges peintes pour la cour de Bruxelles.

Sources familiales

Les archives, les recherches et la mémoire de Paul Carissimo, principale source de ce site.

L'arbre généalogique de la famille et les travaux successifs de ses contributeurs.

Sous le beffroi de Comines, « Paul Carissimo, mémoire vivante de Comines », 15 janvier 2020.

La Voix du Nord, 3 novembre 1995, notice biographique de Fernand Carissimo.

Solidarité ouvrière, chanson en patois de Roubaix chantée par les ouvriers de chez Carissimo, feuille volante, 27 février 1906, Bibliothèque municipale de Roubaix, classeur Chansons, cote C-3627055.

Facture à en-tête de Carissimo Frères, bois et scierie mécanique, Comines, 18 avril 1927.

Annonce de recrutement de Carissimo Frères, Het Ypersch Nieuws, 5 janvier 1929, numérisé par Historische Kranten.

Cartes postales anciennes : Roubaix, quai du Sartel, usine Carissimo, et Fourmies, établissement Carissimo, chemin des Blés, éditions Laffineur-Samin, Hautmont.

Les trois plaques commémoratives des combats du 11 et 12 juin 1940 à Hardencourt-Cocherel, photographiées et jointes au dossier familial.

La bataille de la Seine : les combats sur l'Eure, récit des combats de Cocherel des 11 et 12 juin 1940, quatre pages, dossier familial (lire le document).

Secrétariat d'État chargé des Anciens Combattants, direction interdépartementale de Rouen, lettre au maire de Hardencourt-Cocherel, 13 mars 1991.

La page « Panthéon » de carissimo.org, pour Charles-Édouard, Jules, Francis, Luc et Matthieu Carissimo.

Sur l'histoire italienne du nom, la famille sicilienne des Carissima et les Carissimo de Benevento dont Carlo est très probablement issu, voir .

Deux mentions reviennent au fil du texte : Attesté pour ce que les archives établissent, Tradition pour ce que les familles se sont transmis sans qu'un document vienne le confirmer. Les sources sont réunies en fin de texte.

Presque tout ce qu'on lit aujourd'hui sur l'origine des Carissimo, en librairie comme sur internet, remonte à une seule page imprimée en 1647. Les ouvrages qui ont suivi, en 1875, en 1886, en 1929, et jusqu'aux certificats d'armoiries que l'on achète en ligne, en sont les copies successives.

Cette histoire est donc construite autour d'un constat que la littérature nobiliaire efface d'ordinaire : il n'y a pas une famille Carissimo Italienne, mais au moins deux, voir trois. Sans compter les Familles dont l'histoire a été mélangée à celle des Carissimo, notamment une famille sicilienne : Carissima, éteinte mais dont nous avons jusqu'à il y a peu cru qu'elle était notre origine première.

1200 1200 1300 1300 1400 1400 1500 1500 1600 1600 1700 1700 1800 1800 1900 1900 2000 2000 CARISSIMO Benevento Campanie · 1557 → aujourd'hui Italie 1619, réintégration parmi les nobles de Benevento 1671, Giuseppe, député noble de la ville 1910, Gennaro reconnu patricien de Benevento 1913, Gennaro, sénateur du Royaume d'Italie 1940, Giuseppe, comte de Castel d'Oria Comines, puis Roubaix Flandre et Nord de la France · 1647 → aujourd'hui France Belgique 1656, naissance de Charles, souche de toutes les branches 1722, la famille achète la bourgeoisie de Comines 1755, départ d'une branche pour le pays d'Ypres 1841, Louis Désiré ouvre le commerce de bois Parlasco, puis Milan Valsassina, Lombardie · 1551 → aujourd'hui Italie 1694, actes de cens de l'Archivio di Stato di Milano 1905, la lignée quitte la Valsassina pour Milan Ostuni Pouilles · avant 1700 → 1930, éteinte Italie 1876, Carlo Ayroldi Carissimo, poète VARIANTES ORTHOGRAPHIQUES · CARISSIMA, CARISSIMI, CARÍSIMO Carissima de Trapani Sicile · 1398 → 1613, éteinte Italie 1405, Luigi obtient l'île de Favignana 1461, Benedetta porte la baronnie en dot aux Rizzo Carissimi de Venise Vénétie · 1381 → 1430, éteinte Italie Carissimi de Parme Émilie · 1387 → fin du XVIIᵉ s., éteinte Italie 1480, Pirro, capitaine au service de Milan 1495, note de Léonard de Vinci (lecture discutée) 1551, Ottaviano, capitaine de cavalerie Carissimi de Visso, puis Marino Marches et Latium · XVIᵉ s. → aujourd'hui Italie 1605, naissance du compositeur Giacomo Carissimi 1674, mort de Giacomo Carissimi à Rome Carísimo du Paraguay et d'Argentine Amérique du Sud · avant 1866 → aujourd'hui Paraguay Argentine 1921, Teresa Lamas Carísimo, première femme éditée au Paraguay supposition 1647

Faites glisser la frise pour la parcourir

Les neuf familles connues du nom, chacune sur la période où les archives la documentent. Le pointillé signale ce qui n'est pas établi par un document. La flèche de 1647 relie les Carissimo de Benevento à ceux de France : c'est une supposition solide, pas une filiation prouvée.

Le récit, en huit volets

Partie I Un nom, trois formes, de nombreuses familles

Le mot

Attesté Carissimo est le superlatif de l'italien caro, du latin carissimus, « très cher ». C'est un mot d'affection devenu nom de famille, comme il en existe beaucoup en Italie, où l'on s'appelle Bello, Gentile ou Amato.

Comme la plupart des patronymes italiens bâtis sur un adjectif, il existe sous trois formes, et laquelle s'est fixée dépendait de la région et du scribe.

FormeAire historiqueAujourd'hui en Italie
CARISSIMATrapani, du XIVᵉ au XVIIᵉ siècleéteinte
CARISSIMILatium, Marches, Ombrie, Lombardieéteinte
CARISSIMOCampanie, Pouilles, Lombardie

Un nom qui naît plusieurs fois

L'erreur de fond du genre nobiliaire est de supposer qu'un même patronyme implique une même souche. Un nom bâti sur un mot courant est polygénétique : il apparaît indépendamment en plusieurs lieux et à plusieurs époques.

Plusieurs familles, une même base, aucun lien démontré entre elles :

FamilleAireCe qu'on en sait
CarissimaTrapanipatriciat urbain, 1398 à 1613, éteinte
CarissimoBeneventopatriciat obtenu en justice en 1619, subsiste
CarissimoOstuni (Pouilles)d'origine populaire, agrégée à la noblesse au XVIIIᵉ siècle
CarissimiVeniseRaffaele, grand chancelier en 1381, éteinte en 1430
CarissimiVisso (Marches), puis Marinotonneliers ; famille du compositeur Giacomo Carissimi
CarissimoParlasco (Lombardie)lignée de montagne documentée depuis 1551, sans prétention nobiliaire

Il n'existe aucun Carissimo en Sicile. Pas une famille, a aucune époque. C'est pourtant là que la tradition et les textes qu'on peut trouver sur les origines du nom situent le berceau de la lignée.

Partie II Les Carissima de Trapani

La ville et son Sénat

Les armes des Carissima de Trapani : de gueules, à trois bandes d'or mouvant de la pointe, surmontées d'une croix potencée du même. C'est ce blason que les certificats vendus en ligne associent à tort au nom Carissimo. Cliquer pour agrandir.

Attesté Une famille Carissima, avec un a, vécut à Trapani, sur la côte occidentale de la Sicile, pendant plus de deux siècles.

Trapani est alors une ville portuaire importante, tournée vers le sel, le corail et le thon. Elle est administrée par un Sénat composé d'un capitaine de justice et de quatre jurats, renouvelés chaque année, et les charges tournent entre une trentaine de lignages : les Crapanzano, les Fardella, les Provenzano, les Vento, les Sieri Pepoli, les Riccio, les Omodei, les Barlotta, et les Carissima. Appartenir à ces familles, c'est faire partie du patriciat urbain, un rang réel, distinct de la haute noblesse féodale du royaume.

Les années 1390 sont celles de la reconquête de la Sicile par Martin Iᵉʳ contre les grands barons rebelles. Les familles restées fidèles y gagnent des offices et les biens des vaincus. C'est exactement le moment où les Carissima entrent dans l'histoire.

Deux siècles de charges

Attesté Leur présence dans la magistrature municipale de Trapani est continue.

AnnéePersonneCharge
1398Luigi (Aloisio) Carissimavice-secreto de Trapani
1401Luigi Carissimamaître portulan du royaume
1407-08Gaspare Carissimasénateur
1414-15Tommaso de Carissimasénateur
1428-29Melchiorre de Carissimacapitaine de justice
1446-47Bartolomeo Carissimasénateur
1450-51Bartolomeo Carissimasénateur
1463-64Bartolomeo Carissimasénateur
1482-83Giacomo Carissimasénateur
1532-33Gaspare Carissimasénateur
1604-05Giuseppe Antonio Carissimasénateur
1612-13Giuseppe Antonio Carissimasénateur

Deux cent quinze ans séparent la première de la dernière de ces charges.

Les îles Égades

L'épisode le plus considérable de leur histoire est la seigneurie de Favignana.

Jusqu'en 1392, les îles Égades et leurs tonnare, les madragues où l'on pêchait le thon et qui rapportaient alors des sommes considérables, appartiennent à la maison Abbate. Les Abbate se rebellent contre Martin Iᵉʳ et sont dépouillés.

Tradition En 1397, un privilège donné à Catane autorise les jurats de Trapani à redistribuer les biens des rebelles. Parmi ces jurats figure Antonio Carissima, et ils attribuent les îles et les madragues de San Nicolò et San Leonardo, « qui étaient à Riccardo et Nicolò Abbate, rebelles », à Aloisio Carissima.

Attesté En 1405, Luigi Carissima obtient Favignana du roi Martin, « en récompense de ses services militaires ». Deux sources indépendantes le confirment. Elles ne mentionnent que Favignana, la plus grande des trois îles : l'extension à Levanzo, à Marettimo et aux madragues n'apparaît que sous la plume de Mugnos, deux siècles et demi plus tard.

Tradition En 1445, son fils Melchiorre en obtient confirmation du roi Alphonse V d'Aragon.

1461, le tournant

Attesté La seigneurie ne restera pas dans la famille. En 1461, faute d'héritier mâle, elle échoit à Benedetta Carissima, qui la porte en dot à Nisso Rizzo, noble de Trapani.

De ce mariage naît Andrea Rizzo e Carissima, qui relève les deux noms : baron de l'île, chevalier royal, sénateur de Trapani en 1488 et en 1503, ambassadeur de sa ville auprès du vice-roi en 1497. La baronnie passe ensuite chez les Rizzo, de Girolamo à Francesco puis à Gio. Andrea, jusqu'à la fin du XVIᵉ siècle, où la Cour royale la retire au dernier d'entre eux contre une rente de cent vingt onces.

Entre 1637 et 1651, la Couronne vend les trois îles et leurs madragues à la maison Pallavicini de Gênes pour cinq cent mille écus, et Philippe IV érige le tout en comté de Favignana. Les Égades passeront enfin aux Florio en 1874, qui y bâtiront l'industrie du thon en conserve.

Sant'Ippolito

Tradition Une autre possession est attribuée à la famille : le fief de Sant'Ippolito, avec vingt onces de rente sur les terres de Calatafimi, reçu par Antonio Carissima et sa femme Benedetta Marzuto des mains de l'infante Éléonore d'Aragon, et transmis en 1398 à leur fils Tommaso.

Le fait principal est repris par plusieurs auteurs. Il faut cependant noter que le grand répertoire des fiefs siciliens ne connaît aucun Sant'Ippolito lié aux Carissima : le seul de ce nom qu'il enregistre est une petite terre du territoire de Corleone, tenue par une autre famille. Homonymie, ou possession trop modeste pour y figurer.

La disparition

Ce qui est établi tient en peu de mots. Une famille patricienne de Trapani, présente au Sénat de sa ville de 1407 à 1613, détentrice de la seigneurie de Favignana à partir de 1405 et probablement du petit fief de Sant'Ippolito, dont la lignée masculine principale s'éteint vers 1461.

Après 1613, le nom sort des sources. Il faut être honnête sur ce que cela signifie : les registres qui nous sont parvenus sont ceux des élites urbaines. Que le dernier mâle Carissima soit mort, ou que la famille ait simplement cessé d'occuper des charges et disparu de la vue des greffiers, on ne peut le dire. Le résultat est le même aujourd'hui, le nom de Carissima n'existe plus en Italie, mais on ignore par quel chemin.

Partie III La légende de Gesualdo

Le texte

La page de Mugnos, Palerme, 1647. Le chapitre Della famiglia Carissima et l'écu de gueules à la croix potencée : tout part de là.

Voici l'histoire dont presque tout est parti. Elle est écrite en 1647 par Filadelfo Mugnos, généalogiste sicilien, dans le chapitre Della famiglia Carissima de son Teatro genologico.

La famiglia Carissima hebbe origine primieramente in Bologna da vn caualier chiamato Gesualdo, che volendo andare all'acquisto di Terra Santa si puose nel petto vna Croce d'oro in campo rosso, e di sotto questa parola (Carissima) ed andò, e tornò nel natio paese con molta sua lode nel 1222, e da questa bellissima azzione, ed impresa, il figlio Giouanni stimando la virtù del padre, lasciò l'antico cognome di Storletti, e Carissima si fece chiamare, dal quale si dilatò nella città di Parma, oue fiorisce.

Il primo, che de' Carissimi venne in Sicilia, fù Paschotto Carissima a' seruiggi dell'Imperador Federico II con molt'altri gentil'huomini Bolognesi […] i quali poscia andarono per presidio nelle città di Trapani, Mazzara, Marsala, ed Agrigento, circa il 1248.

Un chevalier bolonais nommé Gesualdo, de la famille Storletti, part pour la Terre sainte en portant sur la poitrine une croix d'or sur champ de gueules, sous laquelle il fait inscrire le mot CARISSIMA. Il revient couvert d'honneurs en 1222. Son fils Giovanni, en hommage à la vertu de son père, abandonne le nom de Storletti pour celui de Carissima. La famille prospère ensuite à Parme, puis passe en Sicile vers 1248 avec Paschotto, au service de l'empereur Frédéric II.

C'est un beau récit, et il a fait fortune.

Ce qu'on n'a retrouvé nulle part ailleurs

Tradition Il faut dire ce qui, dans ce récit, n'a jamais été confirmé par une autre source, car c'est précisément cette partie qui se retrouvera trois siècles plus tard attachée à une autre famille.

L'origine bolonaise et le croisé Gesualdo Storletti. Paschotto Carissima, arrivé vers 1248 avec dix gentilshommes bolonais nommément cités pour tenir garnison à Trapani, Mazara, Marsala et Agrigente : la série des documents concernant les Carissima ne commence qu'en 1398, un siècle et demi plus tard. La construction de l'église Santa Caterina de Trapani en 1272 par la famille : les répertoires d'églises trapanaises ne connaissent pas cette fondation à cette date. Le mariage de Smeralda Carissima avec Palmerio Spinola en 1349 : un Palmerio Spinola est bien attesté comme sénateur de Trapani, mais au XVᵉ siècle. Les charges de jurats de 1409 : les listes officielles ne comportent aucune entrée pour cette année, tandis que la combinaison exacte de noms que Mugnos cite correspond à l'année 1446, ce qui suggère qu'il a déplacé de quarante ans une liste réelle.

Le test de Bologne

Le récit repose sur deux affirmations vérifiables : que les Storletti existaient à Bologne, et qu'il y existait des Carissimi. Le grand répertoire des familles nobles bolonaises, publié en 1670, a été dépouillé, et il donne trois résultats.

Les Storletti existent bel et bien. Ils apparaissent deux fois, comme famille d'épouses dans les généalogies de deux grandes maisons de la ville : Francesca di Monsarello Storletti épouse un Castelli en 1283, Placidia di Bartolomeo Storletti épouse un Ghislieri vers 1294. Une famille bolonaise du XIIIᵉ siècle, donc, chronologiquement compatible avec le récit.

Mais ils ne comptent pas parmi les grandes maisons : ils ne figurent pas dans la liste des cent lignages que ce répertoire retient. Noblesse de second rang, ou déjà éteinte en 1670.

Et l'on ne trouve à Bologne aucun Carissimi ni Carissimo, sous aucune graphie.

Ce tableau, il faut le dire, est cohérent avec ce qu'écrit Mugnos : un nom bolonais d'origine réellement attesté, et un nom de Carissima pris après le départ, puisque Bologne n'en a jamais connu.

D'où Mugnos tenait son information

Deux notes portées dans les marges de sa page, que l'on ne lit jamais, le révèlent.

Dans la marge de gauche : « Privilège transcrit à la requête de Paolo de Carissim[o] de Messine, dans les actes du notaire Pino Camarda, en 1465. » Dans celle de droite : « Arbre généalogique de sa maison à Trapani, d'après des instruments publics. »

Mugnos ne travaillait donc pas sur les archives du royaume, mais sur un dossier que la famille lui avait remis : un privilège recopié deux siècles plus tôt, et un arbre généalogique de maison. C'était le mode de production ordinaire de son livre, et cela en explique la fragilité. Chaque notice reflète ce que la famille concernée souhaitait qu'on écrivît d'elle.

L'auteur

Filadelfo Mugnos, né à Lentini en 1607 et mort à Palerme en 1675, docteur en droit, poète et généalogiste, est l'auteur le plus cité et le plus contesté de la généalogie sicilienne.

De son vivant, ses ouvrages furent officiellement qualifiés d'apocryphes et fabuleux par une dépêche du lieutenant du royaume, en janvier 1657 ; l'interdiction ne fut levée qu'en 1663. Une famille puissante s'était estimée offensée par ce qu'il avait écrit d'elle. En 1702, un érudit palermitain publia un volume entier de corrections à son œuvre, que l'essentiel de la science sicilienne approuva ensuite. Les notices modernes lui reprochent des bévues et une certaine indulgence envers les familles de sa région d'origine.

Il ne faut pas pour autant le rejeter en bloc : plusieurs faits qu'il rapporte se retrouvent, indépendamment, dans les registres de la Chancellerie royale. Mugnos nous dit ce que les familles siciliennes racontaient d'elles-mêmes vers 1650. C'est un témoignage précieux, mais d'une autre nature qu'une généalogie.

Partie IV Les Carissimo de Benevento

Une enclave du pape

Attesté Benevento est cédée à l'Église par Henri III en 1077 et demeure, pendant près de huit siècles, une enclave pontificale au cœur du royaume de Naples, administrée par des recteurs puis, à partir de 1816, par une délégation apostolique. Elle n'est rattachée à l'Italie qu'en 1860.

Cette situation singulière explique tout de la famille qui nous occupe. La noblesse de Benevento est une noblesse civique de type pontifical : on y appartient par cooptation dans le conseil de la ville, les conseillers étant élus par le corps patricien, et non par un siège napolitain ni par une investiture féodale du roi de Naples. Les contestations nobiliaires, elles, se jugent devant la Sacra Rota Romana, le tribunal du Saint-Siège. C'est exactement ce que l'on va voir.

Il n'existe d'ailleurs pas de livre d'or de Benevento imprimé. Les listes de référence sont restées manuscrites : celle de Mgr Mario Della Vipera, en 1632, et le recensement de Giovanni De Nicastro, en 1723, qui compte soixante-dix-neuf familles nobles.

Les origines revendiquées

Tradition L'arbre dessiné que conserve la famille, dont il sera question en détail plus loin, fait commencer la lignée deux siècles avant Benevento, et à Parme. Son titre le dit en toutes lettres : Carissimo. Nobili originari di Parma. Patrizi di Benevento.

La première génération y est Pietro, noble de Parme, capitaine d'armes du roi Charles Iᵉʳ d'Anjou, qui s'établit dans le Royaume. Vient ensuite Giovanni, officier de cuirasses et feudataire dans le Royaume sous le même roi, en 1275, qui est la date la plus ancienne portée sur le document.

Deux personnages sortent ensuite du rang. Giacomo, en 1350, homme d'armes et chevalier, s'établit à Benevento en 1373 et épouse Lucrezia Monsella : c'est à lui, et non à un vague Giacopo de 1350, que l'arbre attribue l'arrivée de la famille dans la ville. Et Riccardo, en 1369, est abbé.

Suivent Bartolomeo, né en 1372 et mort en 1407, marié à Beatrice Morra ; Giacomo Angelo, feudataire dans le royaume de Naples pour Alphonse d'Aragon ; puis un second Bartolomeo, marié à Prudenzia Visconti, des comtes de Mirabella ; et enfin Giacomo Antonio, par qui la première planche rejoint la seconde.

Une correction en passant : les résumés imprimés font épouser à un seul Bartolomeo Beatrice de Morra puis Prudenzia Visconti. L'arbre en distingue deux, séparés de plusieurs générations.

Aucun de ces personnages n'a été retrouvé ailleurs. Ils appartiennent à la même couche de récit que Paschotto en Sicile. Mais on notera dès maintenant une chose qui comptera à la fin de ce texte : la généalogie que la famille s'est dessinée à elle-même ne mentionne la Sicile nulle part. Elle fait venir les Carissimo de Parme, et de nulle part ailleurs.

L'Histoire se solidifie

Attesté C'est au milieu du XVIᵉ siècle que la famille entre dans les documents.

En 1557, Giannantonio Carissimo est gouverneur de la Santissima Annunziata de Benevento, la grande institution charitable de la ville. La charge est typiquement patricienne : on la confie à des hommes de confiance et de fortune.

Ses fils sont Girolamo, docteur en droit à Naples en 1575 et avocat réputé, qui succède à son père à la même charge en 1580, et Giuseppe.

Au début du XVIIᵉ siècle, un Giuseppe Carissimo possède des terres nommées Cirritello, Lucita, San Marco, Cocuozzolo, Gambarotta et Staffili. La tradition en fait de « vastes fiefs », mais aucun de ces noms n'a pu être localisé, et leur forme même, Cirritello du chêne, Cocuozzolo du sommet, est celle de microtoponymes ruraux. Ce sont vraisemblablement des corps de terre ou des masserie, non des seigneuries. Le territoire de Benevento étant pontifical, il ne comportait d'ailleurs pas de fiefs du royaume de Naples.

La famille était donc une riche famille de robe et de terres, ce qui est déjà considérable dans une ville de cette taille, plutôt qu'une maison féodale.

L'arbre venu d'Italie

L'arbre venu d'Italie, deux planches, de 1275 à 1884. Son titre ignore la Sicile : Nobili originari di Parma, patrizi di Benevento.

Un arbre généalogique dessiné, conservé dans la famille, documente la ligne principale. Il se lit sur deux planches, s'étend de 1275 à 1884, ne représente qu'une personne par génération, l'aîné qui porte la ligne, et fut envoyé à Thérèse Legrain Carissimo par Don Alessandro Carissimo, de Rome.

C'est un document italien, et contient des médaillons de la lignée de Benevento. La famille française l'a reçu comme une ascendance supposée commune.

Chaque ancêtre y occupe un médaillon porté par une branche de chêne, la vigne montant du bas de la première planche vers le haut. Voici l'ensemble des médaillons lisibles, dans cet ordre.

Première planche

MédaillonCe qu'il porte
PietroNoble de Parme, capitaine d'armes du roi Charles Iᵉʳ d'Anjou, s'établit dans le Royaume
GiovanniOfficier de cuirasses (ufficiale di corazze), feudataire dans le Royaume sous Charles Iᵉʳ d'Anjou, 1275
Pietronom seul
Giacomonom seul
Riccardonom seul
Giacomo1350, homme d'armes et chevalier ; s'établit à Benevento en 1373 ; épouse Lucrezia Monsella
Riccardo1369, abbé
Bartolomeo1372, mort en 1407 ; épouse Beatrice Morra
Giacomo AngeloFeudataire dans le royaume de Naples pour Alphonse d'Aragon
Riccardonom seul
Giovanninom seul
Giacomonom seul
BartolomeoÉpouse Prudenzia Visconti, des comtes de Mirabella
Giacomo Antoniorenvoi à la planche II

Seconde planche

MédaillonCe qu'il porte
GirolamoJurisconsulte, gouverneur de la Santissima Annunziata de Benevento, 1580 ; épouse Isabella di Blasio, patricienne de Benevento
GiuseppeBaron de plusieurs terres, dont Corrozzati et Staffili, 1600
BartolomeoPatricien de Benevento, réintégré le 15 février 1619, député noble en 1622 ; épouse Claudia del Tufo, des seigneurs de Matino
GiuseppeJurisconsulte, député noble de Benevento, 1671 ; épouse Dorotea Ansalone, des ducs de Panicocoli
CarloNé en 1664, mort le 26 mai 1747 ; député noble de Benevento de 1688 à 1742 ; épouse le 21 novembre Maria Bartoli, des ducs de Castelpagano
PietroNé le 4 juillet 1703 ; député des nobles de Benevento, 1738 ; épouse le 14 décembre 1728 la noble Marianna, des marquis Terragnoli
Nicola27 juin 1734, mort le 14 juillet 1791 ; épouse le 25 juin 1781 Maria Teresa Salerno, des marquis de Rose, morte le 17 juin 1805
Gennaro13 décembre 1791, mort le 30 juillet 1848 ; épouse le 11 décembre 1817 Maria Giuseppa Magno
Nicola Antonio, dit Antonio10 novembre 1818, mort le 31 mars 1902 ; épouse le 19 mai 1843 Anna Saveria Magno
Gennaro26 décembre 1846, mort le 20 janvier 1927 ; chevalier du Travail, sénateur du Royaume ; épouse le 1ᵉʳ juillet 1879 la noble Elena Martini, morte en 1884, puis en 1886 Marianna Martini
Maria Isabella16 novembre 1884 ; épouse le noble docteur Giuseppe Grassi, ministre garde des sceaux

Ce que l'arbre apporte. Il précise la filiation de Girolamo à Bartolomeo, puis à Giuseppe, puis à Carlo, de père en fils, là où les résumés imprimés faisaient de Giuseppe et de Carlo deux frères. Il donne la charge exacte, celle de deputato nobile, qui est la représentation du corps patricien dans l'administration de la ville. Il nomme les alliances, del Tufo de Matino, Ansalone de Panicocoli, Bartoli de Castelpagano, di Blasio de Benevento, Terragnoli, Salerno, Magno, Martini. Et il ajoute deux générations entières, Nicola et le premier Gennaro, que rien d'imprimé ne donnait.

Ce qu'il ne peut pas dire. Six médaillons de la première planche ne portent qu'un prénom, sans date ni alliance. C'est la forme habituelle d'une ascendance reconstituée pour atteindre une antiquité voulue : les générations récentes sont documentées, les anciennes sont comptées. Et comme l'arbre ne montre qu'un aîné par génération, il est structurellement incapable de faire apparaître un cadet, une fille sans postérité, ou un fils parti à l'étranger.

Sa date, enfin. On aurait pu croire ce dessin contemporain du livret de Lecce de 1911. Son dernier médaillon l'interdit : Giuseppe Grassi n'est ministre garde des sceaux qu'à partir de 1947. L'arbre a donc été dessiné, ou du moins achevé, après cette date. Il n'est pas une source antérieure à la littérature imprimée : il en est postérieur de près de quarante ans, et il en dépend.

1619 : la noblesse gagnée devant les juges

C'est l'épisode fondateur.

Les encyclopédies nobiliaires écrivent que la famille « obtint en 1619 son inscription au patriciat de Benevento », ce qui laisserait croire à une faveur. Attesté Les sources disent autre chose : ce fut l'issue d'un procès.

En février 1619, une sentence définitive de la Sacra Rota réintègre les Carissimo parmi les nobles de Benevento avec le titre de patriciens. Les documents conservés au Museo del Sannio attestent qu'en 1622 la réintégration est enregistrée dans la ville au nom des trois frères Bartolomeo, Antonio et Scipione Carissimo, qui sont exactement les trois fils de Girolamo. L'arbre familial porte les deux dates sur le même médaillon, celui de Bartolomeo, ce qui montre qu'il ne s'agit pas de deux versions concurrentes mais des deux étapes d'une même procédure : la sentence à Rome, puis son exécution à Benevento.

Le mot compte : on ne les agrège pas, on les rétablit. Cela suppose une prétention contestée, un litige, et une décision de justice.

La tradition situe cette sentence « sous le pontificat d'Alexandre VIII », ce qui est impossible : en février 1619 régnait Paul V, et Alexandre VIII ne monta sur le trône qu'en 1689.

Le siècle des députés nobles

Attesté L'appartenance patricienne se vérifie ensuite dans les faits, génération après génération.

Bartolomeo épouse la baronne Claudia del Tufo. Trois de leurs filles entrent en religion, dont Beatrice, abbesse du monastère San Vittorino.

Giuseppe, l'aîné, jurisconsulte, est député noble de Benevento en 1671 ; son fils Ferdinando plaide à Rome devant la Sacra Rota.

Carlo (1664-1747), fils de Giuseppe, occupe la même charge de 1688 à 1742, soit cinquante-quatre ans, et fait bâtir le palais Carissimo de Benevento, que les historiens de la ville rangent parmi ses demeures nobiliaires.

Ottavio, cadet, sert dans l'armée de Philippe V. Sa fille Claudia succède à sa tante comme abbesse de San Vittorino ; son fils Domenico est consul de Benevento en 1675, son autre fils Scipione chanoine et archiprêtre de l'église métropolitaine.

Pietro Carissimo, né le 4 juillet 1703, est député des nobles de Benevento en 1738 ; il avait épousé le 14 décembre 1728 la noble Marianna, des marquis Terragnoli, et leur fille Dorotea épouse en 1754 Simone Bacio Terracina Coscia.

On relève encore, à la même époque, un Giuseppe Carissimo avocat à Naples, dont les bibliothèques napolitaines conservent vingt-cinq mémoires judiciaires imprimés entre 1649 et 1674, plaidés pour des marquis, des princes et de grandes maisons du royaume. Le rattachement à la famille de Benevento, qui comptait plusieurs jurisconsultes à cette génération, est très vraisemblable.

De Foiano à Oria

C'est ici que la famille quitte Benevento pour Foiano di Val Fortore, un bourg de montagne du Samnium, et l'arbre permet de dater ce déplacement.

Nicola Carissimo, né le 27 juin 1734 et mort le 14 juillet 1791, avait épousé dix ans plus tôt Maria Teresa Salerno, des marquis de Rose.

Son fils Gennaro naît le 13 décembre 1791, cinq mois après la mort de son père, et meurt le 30 juillet 1848. Il épouse le 11 décembre 1817 Maria Giuseppa Magno.

Son fils Nicola Antonio Carissimo, dit Antonio, né le 10 novembre 1818 et mort le 31 mars 1902, épouse le 19 mai 1843 Anna Saveria Magno, dont il a neuf enfants. Il est plusieurs fois maire de Foiano et conseiller provincial.

On lit souvent que la famille descend à Foiano à la fin du XVIIIᵉ siècle. Les dates de l'arbre le rendent difficile : Gennaro naît fin 1791 et ne se marie qu'en 1817. Le déplacement appartient donc plutôt au premier XIXᵉ siècle, et les deux alliances Magno, la mère puis la belle-fille, en donnent probablement la raison. C'est par ce côté que la famille s'ancre à Foiano di Val Fortore.

Gennaro Carissimo (1846-1927) est de ceux-là, et c'est le personnage le plus considérable de la famille.

Naissance26 décembre 1846, Foiano di Val Fortore
Mort20 janvier 1927, Rome
Doctorat en droitUniversité de Naples, 15 janvier 1868
Magistraturejuge à Naples, Bari, Florence et Viterbe, de 1869 à 1879
Chevalier du Travail21 février 1909
Patricien de Beneventodécret ministériel du 30 août 1910
Conseil provincial de Lecceconseiller en 1905, vice-président de 1909 à 1913
Maire d'Oria1906 à 1910
Sénateur du Royaumenommé le 24 novembre 1913

En 1879, à trente-deux ans, il quitte la magistrature pour épouser Elena Martini, fille du sénateur Tommaso Martini et de la comtesse Isabella Gattini de Matera, et s'installe à Oria, dans les Pouilles, pour administrer le patrimoine de sa femme. Elena meurt en 1884, trois semaines après la naissance de leur fille Maria Isabella ; il épouse deux ans plus tard sa belle-sœur Mariannina, dont il aura quatre enfants.

Le double nom

Attesté Tommaso Martini, né à Oria en 1822, mort à Naples en 1893, avait été nommé sénateur du Royaume en novembre 1892. Sans héritier mâle, il rédigea le 10 mai 1891 un testament olographe léguant tous ses biens à l'aîné de ses petits-fils, à la condition que celui-ci antéposât à son propre nom celui de Martini.

L'aîné était Giuseppe Carissimo, né à Oria le 4 avril 1889. Un décret royal de septembre 1911 l'autorise à porter le nom composé, et la famille signe depuis Martini Carissimo.

Le château d'Oria

Le château souabe d'Oria, fondé par Frédéric II au XIIIᵉ siècle, appartenait au XIXᵉ siècle aux bénédictines : Elena Martini, tante du sénateur Tommaso et abbesse de San Benedetto, l'avait acheté en 1825. La suppression des ordres religieux, en 1866, l'avait fait passer à la commune, qui n'en fit rien.

Attesté Le 15 décembre 1933, un échange est conclu avec le podestat d'Oria : la commune cède le château aux Martini Carissimo, qui lui remettent en retour le palais Martini, lequel devient la mairie et abrite aujourd'hui le musée archéologique et messapien. L'acte comporte une clause d'ouverture au public, que la famille respectera pendant soixante-quatorze ans.

Le château souabe d'Oria, dans les Pouilles. La famille en est propriétaire de 1933 à 2007, et c'est de lui que Giuseppe tire son titre de comte de Castel d'Oria.

De 1934 à 1937, Giuseppe Martini Carissimo restaure le château à ses frais, avec l'architecte Ceschi. L'édifice était alors en grande partie ruiné. Il y réunit une collection d'armes, de monnaies et d'objets de la civilisation messapienne qui porte son nom.

C'est en considération de cet effort que Victor-Emmanuel III lui confère, le 4 avril 1940, le titre de comte de Castel d'Oria, complété en 1946 par le prédicat.

Son fils, le comte Gennaro Martini Carissimo (1926-2001), épouse à Recanati, en septembre 1953, Donna Maria Teresa dei Principi Antici Mattei, qui mourra à Oria en juillet 2007. Le château est vendu le 2 juillet de cette même année, pour sept millions et demi d'euros, à une société privée, la commune ayant laissé expirer son droit de préemption. Des travaux non conformes entraîneront la saisie du monument en 2015, et le projet de réouverture sera abandonné en 2025. Depuis 2007, le château n'a plus rouvert au public.

Maria Isabella, et le dernier médaillon

Attesté L'arbre s'achève sur Maria Isabella Carissimo, née le 16 novembre 1884, la fille qu'Elena Martini mit au monde trois semaines avant de mourir.

Elle épouse en 1907 Giuseppe Grassi, né à Lecce le 8 mai 1883 et mort à Rome le 25 janvier 1950. Professeur de droit constitutionnel dès 1913, député la même année et l'un des plus jeunes du Parlement, sous-secrétaire à l'Intérieur dans le premier gouvernement Nitti, membre de l'Assemblée constituante, il fut enfin ministre de la Grâce et de la Justice, garde des sceaux, dans les quatrième et cinquième gouvernements De Gasperi, de 1947 à 1950.

Sa notice biographique décrit son beau-père, Gennaro Carissimo, comme un riche propriétaire terrien de la région de Lecce et une figure du mouvement giolittien : c'est une confirmation, par une source entièrement extérieure à la famille, du personnage que dessinent les archives du Sénat.

C'est aussi ce mariage qui date l'arbre. Un document qui appelle Giuseppe Grassi ministro guardasigilli ne peut pas être antérieur à 1947.

Francavilla Fontana

Attesté Une branche subsiste aujourd'hui à Francavilla Fontana, dans les Pouilles. Elle descend d'Alessandro Carissimo (1850-1900), frère du sénateur Gennaro, qui épousa le 26 octobre 1881 Maria Concetta Margarita, de cette ville. Elle occupe le palais Giannuzzi-Carissimo.

Sa descendance est nombreuse et vivante : Antonio (1883-1960) et Agostino (1891-1975), puis Alessandro, Luigi, Alessio, Antonio, Alcibiade, un second Alessio, chevalier de l'Ordre souverain militaire de Malte, Guido, et leurs enfants nés dans les années 1980 et 1990.

Et les Carissimo de France

C'est de cette famille que les Carissimo de France sont, selon toute probabilité, issus.

Trois indices convergent. Le surnom de « Romain » que porte Carlo Carissimo à son arrivée en Flandre en 1647 désigne, dans les armées du temps, un sujet du pape : c'est exactement ce qu'était un natif de Benevento, puisque sa ville était une enclave pontificale. Benevento se trouve par ailleurs au cœur du royaume de Naples, alors espagnol, d'où provenaient les troupes méridionales avec lesquelles il est arrivé en Flandre. Et c'était, à cette date, la seule famille Carissimo documentée dans tout le sud de l'Italie.

Aucun acte ne l'établit encore. L'explication la plus simple serait celle d'un cadet parti servir et jamais revenu, qui ne recevait rien et ne laissait rien. On observera d'ailleurs que l'arbre généalogique conservé par la famille ne représente qu'une personne par génération, l'aîné qui porte la ligne : il est structurellement incapable de faire apparaître un puîné parti à l'étranger.

L'Histoire des Carissimo de France raconte cet épisode en détail.

Les armes

Les armes des Carissimo de Benevento : coupé, au 1 d'azur au cœur d'argent surmonté de trois étoiles mal ordonnées du même ; au 2, d'argent à trois barres d'azur. Cliquer pour agrandir.

Le blason des Carissimo de Benevento nous est parvenu par deux voies qui concordent : la notice imprimée de Spreti, en 1929, et surtout les écus sculptés du portail de la propriété Martini Carissimo à Oria, relevés et étudiés en 2017 par l'héraldiste Marcello Semeraro.

Blasonnement italien

Troncato : nel 1° d'azzurro, al cuore d'argento sormontato da tre stelle male ordinate dello stesso ; nel 2° d'argento, a tre sbarre d'azzurro.

En français

Coupé : au 1, d'azur au cœur d'argent surmonté de trois étoiles mal ordonnées du même ; au 2, d'argent à trois barres d'azur.

Figure par figure.

  • Coupé (troncato) : l'écu est partagé horizontalement en deux moitiés égales. Le premier quartier est celui du haut, le second celui du bas.
  • D'azur : le champ du haut est bleu.
  • Au cœur d'argent : un cœur blanc ou argenté, posé au milieu du premier quartier. C'est la figure principale, et elle porte tout le sens du blason.
  • Surmonté de trois étoiles mal ordonnées du même : trois étoiles, d'argent elles aussi, rangées au-dessus du cœur. Mal ordonné est un terme technique et non un jugement : la disposition ordinaire de trois figures est deux en haut et une en bas ; ici c'est l'inverse, une en haut et deux en dessous.
  • Une précision de traduction : en héraldique italienne, une stella compte six rais par défaut, alors que l'étoile française en compte cinq. Une restitution fidèle dirait donc trois étoiles à six rais.
  • D'argent à trois barres d'azur : la moitié du bas, champ blanc ou argenté chargé de trois bandes obliques bleues. La barre descend de la gauche de l'écu vers la droite du lecteur, à l'inverse de la bande, qui va dans l'autre sens.

Ce que cela dit, et ce que cela sépare.

Ce sont des armes parlantes : le cœur énonce le nom, carissimo, très cher. Elles ont donc été composées à partir du mot lui-même, indépendamment de toute autre maison. Une branche cadette d'une famille armoriée aurait, au contraire, repris les armes paternelles avec une brisure, selon l'usage constant de l'héraldique.

La comparaison avec les Carissima de Trapani, qui portaient de gueules, à trois bandes d'or mouvant de la pointe, surmontées d'une croix potencée du même, ne laisse rien en commun : les émaux diffèrent, gueules et or contre azur et argent ; la figure principale diffère, une croix contre un cœur ; et jusqu'aux diagonales du bas, qui vont en sens contraire, bandes chez les Siciliens, barres à Benevento. On observera seulement que les deux écus sont coupés et portent tous deux trois pièces obliques dans leur partie inférieure. Ce peut être une coïncidence, ces pièces étant parmi les plus répandues de l'héraldique, ou une harmonisation voulue au moment où la famille constituait son dossier. Rien ne permet de trancher.

Les ornements extérieurs. Au portail d'Oria, Semeraro relève un seul heaume ouvert timbrant les deux écus, et une couronne formée d'un cercle serti portant huit perles dont cinq visibles, conforme aux normes fixées par la Consulta Araldica du royaume d'Italie.

L'écu composé Martini Carissimo. Après le décret de 1911, les deux blasons sont portés accollati in consorteria, accolés côte à côte comme il est d'usage pour marquer une alliance. Une particularité mérite d'être relevée : contrairement à la règle, c'est l'écu Martini qui prend la place d'honneur, avant celui des Carissimo, en application des dispositions testamentaires du sénateur Tommaso Martini, qui exigeait que son nom fût antéposé. La pierre obéit au testament jusque dans l'ordre des écus.

Les armes des Martini, telles que Semeraro les blasonne : d'azur, parti : au 1, trois monts sommés de trois lis, au chef chargé d'une étoile d'argent ; au 2, un lion d'or accompagné en chef de trois étoiles d'argent.

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Une absence, enfin. Le nom ne figure ni dans l'Armorial général de Rietstap, ni dans la centaine d'armoriaux agrégés par les bases héraldiques européennes. Ce blason est celui d'une famille patricienne de ville, réelle, mais qui n'a jamais atteint le niveau des grands répertoires du continent.

Une remarque sur l'orthographe, et une sur les titres

Les registres officiels de la noblesse du Royaume d'Italie, en 1922, en 1933 et en 1960, inscrivent la famille sous la graphie Carissimi, alors qu'elle signe Carissimo. Le détail est instructif : si l'orthographe d'un nom peut osciller entre deux formes chez une même famille au XXᵉ siècle, sous l'œil de l'État et de ses greffiers, on voit mal ce qu'elle pourrait prouver d'une filiation du XIIIᵉ.

Attesté Quant aux titres, la quatorzième disposition transitoire de la Constitution italienne, en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 1948, dispose que les titres nobiliaires ne sont pas reconnus par la République, que seuls les prédicats des titres antérieurs au 28 octobre 1922 subsistent comme partie du nom, et que la Consulta Araldica, seule autorité publique compétente en la matière, est supprimée. Depuis cette date, aucun organisme public italien ne peut conférer, reconnaître ni certifier un titre ou des armoiries.

Partie V Les autres Carissimo

Parme : Carissimi et non Carissimo !

Attesté Le dictionnaire biographique des Parmesans, publié par les bibliothèques municipales de la ville, consacre quinze notices au patronyme entre le XIVᵉ et le XVIIᵉ siècle, toutes sous la forme Carissimi : deux Alessandro, Angelo, Battista, Cabrina, Cesare, Gabriele, Giovanni Battista, Paolo, Pier Maria, Pietro Maria, Sandrina, Tommaso et deux Vincenzo.

Tradition Le livret familial de 1911 énumère de son côté, pour Parme, un Paolo conseiller général en 1387, avec un palais à tour, privilège rare et signe de haut rang urbain ; un Pirro, capitaine au service de l'État de Milan, mort en 1480 ; Battista, mort en 1598, Pietro Maria et Vincenzo, dont les épitaphes seraient au Dôme de Parme ; Ottaviano, capitaine de cavalerie lors de l'expédition de Pico della Mirandola en 1551 ; Sandrina et Cabrina, abbesses de Sant'Ulderico. La branche s'éteindrait à la fin du XVIIᵉ siècle.

Six des huit noms cités par le livret se retrouvent dans le dictionnaire, ce qui est une belle confirmation.

Il y a là une ironie qui mérite d'être relevée. Le seul élément géographique du récit de Mugnos qui reçoive une confirmation indépendante, c'est Parme, dont il écrivait que la famille « s'y répandit et y fleurit ». Ni Bologne, ni la croisade, ni Frédéric II. Parme.

La note de Léonard de Vinci

On a longtemps cité, à propos de cette branche, une note de Léonard de Vinci.

Dans le carnet connu sous le nom de Codex Forster II, écrit à Milan entre 1495 et 1497 et conservé au Victoria and Albert Museum de Londres, le maître aurait noté, parmi les modèles retenus pour la Cène : « Alessandro Carissimo da Parma per le man di Cristo », Alexandre Carissimo de Parme pour les mains du Christ. C'est la lecture que donne la grande encyclopédie italienne, et elle a fait le tour des généalogies de la famille.

L'édition critique du carnet, publiée en 1883, y lit tout autre chose : « Alessandro carissimo, da Parma per la ma di … », qu'elle traduit par « mon très cher Alexandre, de Parme, par la main de … ». Ici, carissimo est un adjectif, non un patronyme, et la phrase s'interrompt sur une lacune.

Les deux lectures ne portent pas sur le même feuillet, ce qui laisse ouverte la possibilité qu'il s'agisse de deux notes différentes et que les deux aient raison. Mais tant que le manuscrit n'aura pas été confronté, cette note reste un beau souvenir plutôt qu'une certitude.

Les Carissimo de Parlasco : dans les montagnes de Lombardie

Attesté

Dans la Valsassina, au-dessus du lac de Côme, un village de cent trente-deux habitants pour trois kilomètres carrés, Parlasco, abrite une lignée Carissimo continue depuis le milieu du XVIᵉ siècle. Ses descendants en ont publié la filiation avec ses sources. (https://www.carissimo.com)

GénérationDates
Ventura Martino Carissimo1551-1602
Giovanni Giacomo1581-1657
Giacomo Antonio1633-1691
Carlo Francesco1677-1757
Bartolomeo1757-1807
Antonio Mariamort en 1827
Giovanni Antoniomort en 1873
Giovanni Emilio, « l'ingénieur »1841, mort à Milan en 1905
Cesare, que le village appelait « Papa Cesare »1875, mort à Milan en 1948
Emilio1869-1933, Milan
Enrico1900-1979, Milan

La descendance passe ensuite à Rome, à Genève, puis aux États-Unis.

Cette lignée mérite l'attention pour quatre raisons.

Elle commence en 1551, six ans avant l'apparition de la famille de Benevento. Les deux sont strictement contemporaines.

Ses sources sont d'une qualité rare : les états des âmes tenus par le curé de la paroisse de Taceno, et les registres de cens conservés dans les archives de l'État à Milan. Rien qui ressemble à un dossier constitué après coup.

Elle ne revendique rien. Ni titre, ni armes, ni croisé. C'est une famille de montagne qui descend à Milan au XIXᵉ siècle, et dont un membre fonde l'école maternelle de son village.

Et la démographie la confirme. Cinq familles Carissimo vivent encore à Esino Lario, quatre à Casargo, deux communes voisines de Parlasco, et dix à Milan. Le foyer est exactement là où l'arbre le dit.

Les Carissimo d'Ostuni

Attesté Il existe dans les Pouilles une famille Carissimo d'Ostuni, dont l'origine ne semble pas liée à celle de Benevento. L'armorial de la Terre d'Otrante, publié à Lecce en 1903, la décrit en une phrase : « Noble famille d'Ostuni, d'origine populaire, comptée parmi les nobles au XVIIIᵉ siècle. »

Elle a produit une petite littérature imprimée dans sa ville : Carlo Ayroldi Carissimo, poète mort en 1930, auteur de Poesie varie (1876), Fuori di moda (1880), Cuor di madre (1889), Storia e romanzo (1899) et Mia madre (1910), ainsi que des opuscules funèbres pour plusieurs membres de la famille entre 1908 et 1914. À l'extinction de la lignée, les descendants Schiavoni de Manduria relevèrent le nom, d'où le patronyme composé Schiavoni Carissimo.

Les armes d'Ostuni

Les armes des Carissimo d'Ostuni : d'or, à trois enfants enlacés au naturel. L'étreinte y dit ce que le cœur dit à Benevento. Cliquer pour agrandir.

Elles sont relevées par Antonio Sozzi dans son livre consacré aux blasons d'Ostuni, paru en 1997.

D'oro, a tre fanciulli abbracciati al naturale.

En français : d'or, à trois enfants enlacés au naturel.

  • D'or : le champ de l'écu est jaune d'or, l'un des deux métaux de l'héraldique.
  • À trois enfants enlacés : trois enfants, le plus souvent figurés en putti, qui s'étreignent. C'est un meuble rare, et il n'appartient à aucun répertoire courant de figures héraldiques.
  • Au naturel : ils ne sont pas peints d'un émail conventionnel mais dans leurs couleurs propres, celles de la chair.

Aucun ornement extérieur, couronne ou heaume, n'est signalé par les sources.

Ce que ce blason démontre. Il n'a rien de commun avec le cœur et les étoiles de Benevento : ni le champ, ni les figures, ni les couleurs. Et il est lui aussi un blason parlant : l'étreinte dit l'affection, comme le cœur la dit ailleurs. Deux familles ont donc tiré du même mot, chacune de son côté et sans se connaître, deux images différentes de la même idée.

Une parenté écartée des deux côtés

Attesté La parenté avec les Carissimo de Benevento n'a pas seulement échoué à être prouvée : elle a été explicitement écartée, et par les deux familles.

L'héraldiste Marcello Semeraro, qui a relevé les écus du portail d'Oria, note que le livret de Lecce de 1911 traite des rameaux de Sicile, de Benevento, de Foiano Val Fortore et d'Oria, et ajoute : « La parentela fra questi Carissimo e quelli di Ostuni è stata esclusa già in passato », la parenté entre ces Carissimo et ceux d'Ostuni a été exclue de longue date.

Et un membre de la branche de Benevento, l'architecte Antonio Carissimo, l'écrit à la première personne : « Io appartengo invece ai Carissimo di Benevento / Francavilla Fontana / Oria che non sono stati mai imparentati con i C. di Ostuni », j'appartiens pour ma part aux Carissimo de Benevento, Francavilla Fontana et Oria, qui n'ont jamais été apparentés à ceux d'Ostuni.

D'où venait alors la confusion ? De deux mariages, non d'un ancêtre. Les deux familles ont épousé, à des époques différentes, des Schiavoni de Manduria. Giuseppe Carissimo d'Ostuni, mort en 1861, avait épousé Enrichetta Schiavoni, et c'est à l'extinction de sa descendance que les Schiavoni relevèrent le nom. Mêmes famille de beaux-parents, mais sang et période différents : il n'en faut pas davantage pour que deux généalogies se croisent dans les répertoires.

Trois indices vont dans le même sens. Foscarini, héraldiste de la région, écrit que la famille est d'origine populaire, ce qui n'est pas une concession gratuite. Une famille qui s'agrège à la noblesse au XVIIIᵉ siècle a tout intérêt à produire une ascendance patricienne si elle en a une, et c'est le moment de la revendiquer : ceux d'Ostuni ne l'ont pas fait. Enfin la chronologie : la branche de Benevento n'arrive dans la région qu'en 1879, avec l'installation de Gennaro à Oria, à vingt-six kilomètres d'Ostuni, quand la famille d'Ostuni y était anoblie depuis deux siècles. La proximité d'aujourd'hui est une rencontre du XIXᵉ siècle.

Ce que cela ne règle pas. Ces déclarations sont des exclusions énoncées par des gens informés, non une démonstration sur archives. Et il reste un angle mort exactement là où un lien devrait se trouver : la période populaire d'Ostuni, avant 1700, que personne n'a étudiée. Le verdict est celui du reste de ce dossier : aucun lien connu, plusieurs indices contraires, et une zone non explorée.

C'est, à l'intérieur même de cette histoire, la démonstration la plus nette qu'un même nom n'implique pas une même souche.

Carissimi : Venise, Visso, et le compositeur

Tradition Le grand dictionnaire nobiliaire italien enregistre, à la page voisine des Carissima de Trapani, une famille Carissimi de Venise : Raffaele, grand chancelier de la République, entré au Conseil pendant la guerre contre les Génois en 1381, dont la maison s'éteint en 1430 avec son fils Giovanni.

Attesté Et le dictionnaire biographique des Italiens établit que la famille du compositeur Giacomo Carissimi (1605-1674), maître de chapelle du Collegio Germanico à Rome et l'un des créateurs de l'oratorio, était composée de tonneliers originaires de Castel Sant'Angelo di Visso, dans les Marches, installés à Marino près de Rome au XVIᵉ siècle.

Ce grand musicien n'a donc aucun lien avec les familles de ce texte, et il faut le dire clairement, car on le rencontre souvent cité comme un ancêtre.

Trois foyers dont on ne sait rien

Les relevés du nom récent révèle trois concentrations que la recherche ne parvient à rattacher à rien. Les mentionner est plus honnête que de les passer sous silence.

ALTAMURA, dans la province de Bari, avec trente et une familles, est le plus gros foyer Carissimo d'Italie, une famille sur six, et il est historiquement muet : aucune trace avant le XXᵉ siècle, aucun lien documenté avec Benevento ni avec Ostuni, aucune tradition locale. Le seul porteur ayant laissé une trace imprimée est le docteur Giacomo Carissimo, médecin, animateur de la vie associative de sa ville. Trois hypothèses restent ouvertes : la formation locale d'un surnom, un nom donné à un enfant trouvé au XIXᵉ siècle, ou une implantation par migration interne.

SEZZE, dans la province de Latina, avec douze familles, n'a livré qu'un personnage, mais notable : Mgr Giovanni Battista Carissimo, archiprêtre de Sezze puis vicaire général du diocèse dans les années 1940, dont on retrouve le nom à propos d'un triduum de protection pendant les bombardements de 1943. Sezze se trouve à quarante-cinq kilomètres de Marino, où étaient établis les Carissimi de Visso, ce qui constitue une piste, sans plus.

SAN FELICE A CANCELLO et CASAGIOVE, dans la province de Caserte, avec dix familles, n'ont livré aucune trace d'aucune époque, malgré une proximité régionale avec Benevento qui ne prouve rien par elle-même.

Ensemble, ces trois foyers représentent cinquante-trois familles sur cent soixante-dix-neuf, presque le tiers du nom en Italie, et ils ne sont reliés à aucune des lignées de ce texte.

Le Paraguay et l'Argentine

Attesté Sous la forme Carísimo, le nom est porté par plus de mille deux cents personnes au Paraguay et par près de huit cents en Argentine.

La famille y est présente avant 1866 : Pedro Carísimo Jovellanos meurt le 2 mai de cette année-là à la bataille d'Estero Bellaco, pendant la guerre de la Triple Alliance. Sa petite-fille, Teresa Lamas Carísimo de Rodríguez Alcalá (1887-1975), fut en 1921, avec Tradiciones del hogar, la première femme à publier un livre au Paraguay.

Cette ancienneté écarte l'idée d'une émigration italienne du XIXᵉ siècle. L'origine de cette branche est à chercher du côté de l'Amérique coloniale espagnole ou d'une apparition locale.

Partie VI Comment les histoires se sont rejointes

Le voyage d'un récit

Voici le cœur de l'affaire. Le récit de Gesualdo (Voir Carissima de Trapani) a voyagé par les livres, et l'on peut en suivre chaque étape.

DateCe qui se passeLe nom porté par le récit
1647Mugnos écrit le chapitre à Palerme, d'après un dossier familialCarissima
1754-1759Villabianca reprend l'épisode de Favignana en citant Mugnos nommémentCarissima
1875Palizzolo Gravina le recopie presque mot pour mot, en nommant sa sourceCarissima
1886Crollalanza le recopie à son tour, sous le titre « Carissima di Trapani ». Son dictionnaire ne comporte aucune entrée CarissimoCarissima
Pendant deux cent trente-neuf ans, le récit n'appartient qu'à la famille sicilienne. Benevento n'y apparaît nulle part.
30 août 1910Gennaro Carissimo est reconnu patricien de Benevento par décret ministériel
1911Parution à Lecce des Notizie storiche della nobile famiglia Carissimo. C'est là, et pas avant, que l'histoire de Gesualdo se retrouve attachée à une famille de BeneventoCarissimo
septembre 1911Décret royal autorisant Giuseppe à porter le double nom Martini Carissimo
1929Spreti imprime la jonction dans son Enciclopedia storico-nobiliare italiana. C'est la source que tout le monde répète depuisCarissimo
1994Les certificats commerciaux d'armoiries la traduisent en anglais et la vendent sur parcheminCarissimo

Ce qui a été repris, et ce qui ne l'a pas été

La notice de 1929 reprend du dossier sicilien les deux moitiés.

La part légendaire : l'origine dans les Romagnes et l'Apennin parmesan, Gesualdo croisé en Terre sainte en 1222, le passage en Sicile à la suite de Frédéric II.

Et la part documentée : la baronnie des îles de Favignana, Levanzo et Marettimo, les madragues de San Nicolò et San Leonardo, la confirmation accordée à Melchiorre par Alphonse d'Aragon en 1445.

Ce ne sont donc pas seulement des légendes qui ont changé de famille, mais aussi les seuls faits siciliens vérifiables.

Il y a d'ailleurs, dans la maison même, un témoin qui n'a jamais porté la greffe. L'arbre dessiné que la famille conserve, et qu'elle a fait circuler jusqu'en France, s'intitule Nobili originari di Parma, patrizi di Benevento. Parme et Benevento. Ni Gesualdo, ni Storletti, ni Bologne, ni Trapani, ni Favignana. Le document que la famille se donne à elle-même pour mémoire ignore la Sicile de bout en bout, alors même qu'il est postérieur de plusieurs décennies au livret qui l'y rattache.

Ce qui n'a pas suivi, en revanche, ce sont les armes. Et c'est le détail le plus élégant de toute cette histoire. La notice blasonne les armes de Benevento, au cœur et aux étoiles, sans rapport avec la croix d'or sur gueules des Siciliens. Une famille qui se serait sincèrement crue issue des barons de Favignana aurait revendiqué leur blason.

Ce qui rend cette jonction improbable

Cinq observations, dans l'ordre de leur force.

La chronologie. Les Carissimo de Benevento apparaissent en 1557. Les Carissima de Trapani siègent encore au Sénat de leur ville en 1613. Les deux familles ont donc vécu côte à côte pendant plus d'un demi-siècle, ce qui interdit de faire de l'une la continuation de l'autre. Il faudrait remonter à un ancêtre commun bien antérieur, dont il n'existe pas la moindre trace.

Les armes. Les Siciliens portaient de gueules, à trois bandes d'or mouvant de la pointe, surmontées d'une croix potencée du même. Ceux de Benevento portent coupé : au 1 d'azur au cœur d'argent surmonté de trois étoiles mal ordonnées du même ; au 2 d'argent à trois barres d'azur. Un cœur, en écho direct au sens du nom, carissimo, très cher. Ce sont des armes parlantes, conçues à partir du mot lui-même, donc indépendamment de toute autre famille. Une branche cadette d'une maison sicilienne aurait gardé les armes de son père avec une brisure, selon l'usage constant de l'héraldique. Inventer un blason neuf, c'est se déclarer sans ascendance armoriée connue. Le détail des deux blasons, figure par figure, est donné au chapitre IV.

Une observation, sans conclusion : les deux blasons sont tous deux coupés et portent tous deux trois bandes ou barres dans leur partie inférieure. Ce peut être une coïncidence, les bandes étant l'une des figures les plus répandues de l'héraldique, ou une harmonisation voulue au moment où la famille de Benevento constituait son dossier. Rien ne permet de trancher. Mais la différence des couleurs et celle de la figure principale suffisent à établir que ce ne sont pas les armes d'une même maison.

Le nom. En Sicile, c'est Carissima du premier au dernier document, sans une exception sur deux siècles, et les quatre grands répertoires savants intitulent tous leur notice de la même façon. Aucune personne n'est jamais documentée sous deux formes du nom, et aucun acte n'enregistre un changement. La séquence que raconte la tradition, de Carissima à Carissimi puis à Carissimo, ne repose sur aucun document : elle sert précisément à combler ce vide.

La géographie. Il n'y a aucun Carissimo en Sicile, tandis que la carte du nom épouse exactement l'itinéraire des familles continentales.

Et la circularité. Toutes les sources postérieures à 1647 copient Mugnos, lui-même travaillant sur un dossier remis par une famille. Il n'existe pas une seule attestation indépendante de la partie ancienne du récit.

Sans mauvaise foi

Il ne faut y voir ni supercherie ni appropriation, car ces mots supposent qu'on ait su.

Le procédé était la norme du genre. Une famille qui constituait un dossier nobiliaire allait chercher, dans les répertoires imprimés dont elle disposait, le lignage homonyme le plus ancien. Mugnos et Crollalanza étaient sur l'étagère de toutes les bibliothèques d'Italie. Personne n'a inventé Gesualdo en 1911. On l'a recopié, très probablement de bonne foi.

Le contexte mérite d'être noté sans être surinterprété : le livret de Lecce paraît un an après la reconnaissance du patriciat de Benevento, et l'année même du décret royal sur le double patronyme. C'est le moment ordinaire où l'on rassemble ses papiers.

Et il faut ajouter ceci, qui n'est pas une politesse : la famille de Benevento n'avait pas besoin de Gesualdo. Une noblesse reconnue par le tribunal du pape, un palais dans sa ville, des députés au conseil pendant deux siècles, un sénateur du Royaume d'Italie, un comte qui relève de ses deniers un château de Frédéric II : c'est une histoire qui se tient toute seule. Le préambule sicilien ne lui ajoute rien.

Une note sur les armoiries vendues en ligne

Une notice de ce genre, en italien. Elle dessine l'écu de Benevento et raconte à la suite Parme, Gesualdo, Favignana puis Benevento, en donnant Spreti pour seule source.

Un mot, enfin, sur les certificats que l'on trouve à la vente et qui associent le nom Carissimo à un blason et à un récit de croisade.

Ce sont des produits commerciaux. Les maisons qui les éditent reconnaissent elles-mêmes leur méthode : les armes sont attribuées au patronyme, jamais à l'acheteur, dont aucune filiation n'est recherchée. Les autorités héraldiques qualifient cette pratique de bucket shop heraldry ; l'une des plus anciennes sociétés héraldiques britanniques la résume ainsi : « il n'existe pas d'armoiries pour un nom de famille, et il n'en a jamais existé ». L'Afrique du Sud a légiféré en 1980 pour interdire ce commerce.

Le contenu de ces certificats, du reste, est une paraphrase anglaise de Crollalanza, lui-même copiste de Mugnos, avec des déformations qui trahissent une transcription hâtive : « Gensualdo » pour Gesualdo, « Frederigo » pour Federico, « Tripani » pour Trapani. Le numéro de certification qu'ils portent ne certifie rien, aucune autorité ne les émettant.

Et ils vendent cette histoire sous la graphie CARISSIMO, alors que la famille dont ils parlent s'appelait CARISSIMA. La confusion des deux noms, opérée en 1911 et imprimée en 1929, est ici arrivée à son terme commercial.

Partie VII Ce que l'on sait, et ce que l'on ignore

En quelques lignes

Les Carissima de Trapani sont documentés de 1398 à 1613, par des registres officiels et des cotes d'archives précises. Ils obtiennent la seigneurie de Favignana en 1405, et leur lignée masculine s'éteint vers 1461, quand Benedetta Carissima porte la baronnie en dot aux Rizzo. Après 1613, le nom disparaît des sources. Contrairement à ce qu'il est souvent dit, les Carissima n'ont rien à voir avec les Carissimo. Aucune histoire commune.

L'origine bolonaise des Carissimo et le croisé Gesualdo ne reposent que sur un seul livre, écrit en 1647 par un auteur contesté qui travaillait d'après un dossier de famille. Tout ce qu'on lit ailleurs en est la copie. Cette histoire, si elle est vraie, appartient aux Carissima et non aux Carissimo.

Les Carissimo de Benevento apparaissent en 1557 et obtiennent leur patriciat en justice, devant la Sacra Rota, en février 1619. Leur lignée moderne, de Foiano di Val Fortore à Oria et Francavilla Fontana, est parfaitement documentée : un sénateur du Royaume, un comte de Castel d'Oria restaurateur du château souabe, et des descendants vivants.

Une lignée lombarde, à Parlasco, est documentée depuis 1551, sur des sources meilleures que celles de la tradition de Benevento.

La jonction des deux histoires (Carissima/Carissimo) date de 1911, dans un livret imprimé à Lecce.

Ce que l'on ne peut pas affirmer non plus

Que les deux familles seraient prouvées étrangères l'une à l'autre. Elles ne le sont pas davantage. Aucun lien n'est démontré, plusieurs indices vont contre, mais ce n'est pas une réfutation.

Une seule pièce trancherait, et elle existe : le manuscrit que Mgr Mario Della Vipera consacra en 1632 aux familles nobles de Benevento. Il est écrit une décennie après la réintégration de 1622, et deux cent soixante-dix-neuf ans avant que les deux histoires ne se rejoignent. S'il décrit les Carissimo de Benevento et leur donne une origine sicilienne, tout change et le lien existe. S'il n'en dit rien, la question est close.

Ce qui reste à découvrir

Plusieurs pistes demeurent ouvertes.

Le livret de Lecce de 1911, tiré à cent soixante-quinze exemplaires numérotés, source de tout ce qui circule sur la branche de Benevento, est conservé dans six bibliothèques des Pouilles et de Campanie, dont deux exemplaires à Benevento. Personne de la famille française ne l'a jamais lu, les demandes sont en cours.

Le dossier de réintégration de 1622, au Museo del Sannio de Benevento.

Les quinze notices parmesanes du dictionnaire de Lasagni, dont on ne connaît que l'index, et les deux Alessandro qu'elles contiennent.

La transcription du feuillet de Léonard, qui dirait une fois pour toutes si le peintre a écrit un nom ou un adjectif.

La filiation de Parlasco, publiée en ligne sur carissimo.com mais jamais vérifiée sur les registres de Taceno et de Milan qu'elle cite.

Et l'origine des Carísimo du Paraguay, entièrement inexplorée.

Appareil Sources

Auteurs anciens

Filadelfo Mugnos, Teatro genologico delle famiglie nobili titolate feudatarie ed antiche nobili del fidelissimo Regno di Sicilia viventi ed estinte, Palerme, Pietro Coppola, 1647, chapitre Della famiglia Carissima.

Francesco Maria Emanuele e Gaetani, marquis de Villabianca, Della Sicilia Nobile, Palerme, 1754-1759, pour les listes des sénateurs et capitaines de Trapani et le chapitre sur Favignana.

Vincenzo Palizzolo Gravina, Il Blasone in Sicilia, Palerme, 1871-1875. Giovan Battista di Crollalanza, Dizionario storico-blasonico delle famiglie nobili e notabili italiane, Pise, 1886-1890. Antonino Mango di Casalgerardo, Nobiliario di Sicilia, Palerme, 1912. Vittorio Spreti, Enciclopedia storico-nobiliare italiana, Milan, 1928-1936.

Pompeo Scipione Dolfi, Cronologia delle famiglie nobili di Bologna, 1670. Giuseppe Maria Di Ferro, Biografia degli uomini illustri trapanesi, 1830. Amilcare Foscarini, Armerista e notiziario delle famiglie nobili, notabili e feudatarie di Terra d'Otranto, Lecce, 1903. Vincenzo Auria, La verità historica svelata, ovvero Avvertimenti e correzioni al Nuovo Laerzio di D. Filadelfo Mugnos, Palerme, 1702.

Léonard de Vinci, Codex Forster II, Victoria and Albert Museum, Londres, vers 1495-1497 ; lecture de l'Enciclopedia Italiana et lecture de Jean Paul Richter, The Literary Works of Leonardo da Vinci, 1883.

Archives et registres officiels

Archivio storico del Senato della Repubblica, répertoire des sénateurs du Royaume, fiches Gennaro Carissimo et Tommaso Martini.

Elenchi Ufficiali Nobiliari du Royaume d'Italie, 1922 et 1933 ; Elenco Storico de 1960. Archivio Centrale dello Stato, Libro d'oro de la noblesse italienne.

Documents du Museo del Sannio de Benevento relatifs à la réintégration de 1622. Registres de la Real Cancelleria du royaume de Sicile, Archivio di Stato di Palermo, dont les cotes sont citées par Villabianca.

Constitution de la République italienne, quatorzième disposition transitoire et finale.

Travaux modernes

Roberto Lasagni, Dizionario biografico dei Parmigiani, portail Parma e la sua storia.

Marcello Semeraro, « Araldica del Regno d'Italia a Oria : il caso dello stemma Martini-Carissimo », Fondazione Terra d'Otranto, 2017, pour le blasonnement des écus sculptés d'Oria, leurs ornements extérieurs et l'écu composé.

Antonio Sozzi, Stemmi di Ostuni, 1997, pour les armes de la famille d'Ostuni.

Forum généalogique I Nostri Avi, fil « Famiglie Carissimo e Schiavone », pour l'exclusion de la parenté entre Ostuni et Benevento et pour les alliances Schiavoni de Manduria.

Mauro Suttora, Il Castello d'Oria (Brindisi) e i Martini Carissimo, Milan, Il Gabbiano Edizioni, 2000. Giacomo de Antonellis, I Palazzi storici di Benevento.

Dizionario Biografico degli Italiani, notices « Mugnos, Filadelfo » et « Carissimi, Giacomo ».

Sources familiales

Notizie storiche della nobile famiglia Carissimo, Lecce, Tipografia editrice E. Bortone e Miccoli, 1911, cinquante-neuf pages, tirage limité à cent soixante-quinze exemplaires numérotés.

L'arbre généalogique dessiné de la famille, deux planches, allant de 1275 à 1884, envoyé à Thérèse Legrain Carissimo par Don Alessandro Carissimo, de Rome. Son dernier médaillon le date d'après 1947.

Notice « Grassi, Giuseppe », Dizionario Biografico degli Italiani, pour le mariage de 1907 et la carrière du ministre.

La généalogie de la lignée de Parlasco, publiée par ses descendants.

Sur les certificats commerciaux d'armoiries

The Heraldry Society, Londres. Notices sur la fraude héraldique et les faux livres généalogiques.

Données sur le nom

Relevés de répartition du patronyme par commune et par pays.

Sur la branche française et sur Carlo Carissimo, arrivé à Comines en 1647, voir le premier texte, « Les Carissimo de France ».

Le nom n'a pas une souche mais plusieurs, apparues indépendamment en Italie du Nord, en Sicile, en Campanie et dans les Pouilles. Cette frise place côte à côte les neuf familles connues, sépare celles qui portent la forme Carissimo de celles qui en portent une variante, et montre pour chacune la période où les archives la documentent.

1200 1200 1300 1300 1400 1400 1500 1500 1600 1600 1700 1700 1800 1800 1900 1900 2000 2000 CARISSIMO Benevento Campanie · 1557 → aujourd'hui Italie 1619, réintégration parmi les nobles de Benevento 1671, Giuseppe, député noble de la ville 1910, Gennaro reconnu patricien de Benevento 1913, Gennaro, sénateur du Royaume d'Italie 1940, Giuseppe, comte de Castel d'Oria Comines, puis Roubaix Flandre et Nord de la France · 1647 → aujourd'hui France Belgique 1656, naissance de Charles, souche de toutes les branches 1722, la famille achète la bourgeoisie de Comines 1755, départ d'une branche pour le pays d'Ypres 1841, Louis Désiré ouvre le commerce de bois Parlasco, puis Milan Valsassina, Lombardie · 1551 → aujourd'hui Italie 1694, actes de cens de l'Archivio di Stato di Milano 1905, la lignée quitte la Valsassina pour Milan Ostuni Pouilles · avant 1700 → 1930, éteinte Italie 1876, Carlo Ayroldi Carissimo, poète VARIANTES ORTHOGRAPHIQUES · CARISSIMA, CARISSIMI, CARÍSIMO Carissima de Trapani Sicile · 1398 → 1613, éteinte Italie 1405, Luigi obtient l'île de Favignana 1461, Benedetta porte la baronnie en dot aux Rizzo Carissimi de Venise Vénétie · 1381 → 1430, éteinte Italie Carissimi de Parme Émilie · 1387 → fin du XVIIᵉ s., éteinte Italie 1480, Pirro, capitaine au service de Milan 1495, note de Léonard de Vinci (lecture discutée) 1551, Ottaviano, capitaine de cavalerie Carissimi de Visso, puis Marino Marches et Latium · XVIᵉ s. → aujourd'hui Italie 1605, naissance du compositeur Giacomo Carissimi 1674, mort de Giacomo Carissimi à Rome Carísimo du Paraguay et d'Argentine Amérique du Sud · avant 1866 → aujourd'hui Paraguay Argentine 1921, Teresa Lamas Carísimo, première femme éditée au Paraguay supposition 1647

Faites glisser la frise pour la parcourir

Chaque barre couvre la période documentée d'une famille ; le pointillé signale ce qui n'est pas établi par un document. Les points portent les dates de repère : survolez-les pour les lire, ou consultez la liste ci-dessous. Un segment pointillé n'est tracé en amont d'une barre que lorsqu'une source affirme la famille plus ancienne que sa première trace écrite ; ailleurs, la barre commence au premier document connu. La flèche de 1647 relie les Carissimo de Benevento à ceux de France : c'est une supposition solide, ce n'est pas une filiation prouvée.
période documentée période non documentée : tradition ou continuité présumée famille vivante aujourd'hui famille éteinte date de repère lien supposé, non prouvé les drapeaux indiquent le pays d'aujourd'hui, non celui de l'époque

Forme exacte

Carissimo

Quatre lignées documentées portent la forme exacte du nom. Aucun document ne les relie entre elles : le mot carissimo était assez courant pour devenir un patronyme en plusieurs endroits à la fois, avant que les noms ne se figent.

Benevento

Campanie · 1557 → aujourd'hui

1266fiefs attribués par Charles d'Anjou (tradition)
1557Giannantonio, gouverneur de la SS. Annunziata
1619réintégration parmi les nobles de Benevento
1671Giuseppe, député noble de la ville
1910Gennaro reconnu patricien de Benevento
1913Gennaro, sénateur du Royaume d'Italie
1940Giuseppe, comte de Castel d'Oria

Comines, puis Roubaix

Flandre et Nord de la France · 1647 → aujourd'hui

1647Carlo s'établit à Comines
1656naissance de Charles, souche de toutes les branches
1722la famille achète la bourgeoisie de Comines
1755départ d'une branche pour le pays d'Ypres
1841Louis Désiré ouvre le commerce de bois

Parlasco, puis Milan

Valsassina, Lombardie · 1551 → aujourd'hui

1551Ventura Martino, premier de la lignée
1694actes de cens de l'Archivio di Stato di Milano
1905la lignée quitte la Valsassina pour Milan
auj.plus aucune famille à Parlasco même ; neuf dans les deux communes voisines, dix à Milan

Ostuni

Pouilles · avant 1700 → 1930, éteinte

1700agrégée à la noblesse ; d'origine populaire, donc plus ancienne
1876Carlo Ayroldi Carissimo, poète
1930extinction ; le nom est relevé par les Schiavoni

Autres graphies

Variantes orthographiques

Carissima en Sicile, Carissimi en Italie centrale et à Venise, Carísimo en Amérique du Sud. La forme qui s'est fixée dépendait de la région et du scribe, comme pour Rosso, Rossi et Rossa.

Carissima de Trapani

Sicile · 1398 → 1613, éteinte

1222Gesualdo, croisé de Bologne (tradition, Mugnos 1647)
1248Paschotto passe en Sicile (tradition)
1398Luigi, vice-secreto de Trapani
1405Luigi obtient l'île de Favignana
1461Benedetta porte la baronnie en dot aux Rizzo
1613Giuseppe Antonio, dernier sénateur

Carissimi de Venise

Vénétie · 1381 → 1430, éteinte

1381Raffaele, grand chancelier de la République
1430extinction avec son fils Giovanni

Carissimi de Parme

Émilie · 1387 → fin du XVIIᵉ s., éteinte

1387Paolo, conseiller général de Parme
1480Pirro, capitaine au service de Milan
1495note de Léonard de Vinci (lecture discutée)
1551Ottaviano, capitaine de cavalerie
1700extinction de la branche

Carissimi de Visso, puis Marino

Marches et Latium · XVIᵉ s. → aujourd'hui

1500famille de tonneliers de Castel Sant'Angelo di Visso
1605naissance du compositeur Giacomo Carissimi
1674mort de Giacomo Carissimi à Rome

Carísimo du Paraguay et d'Argentine

Amérique du Sud · avant 1866 → aujourd'hui

1866Pedro Carísimo Jovellanos tombe à Estero Bellaco
1921Teresa Lamas Carísimo, première femme éditée au Paraguay

Lecture

Ce que la frise dit, et ne dit pas

Sur la flèche de 1647. Trois indices font de Benevento l'origine la plus probable de Carlo Carissimo, arrivé en Flandre avec les troupes du Sud : son surnom de « Romain », qui désignait un sujet du pape, ce qu'était un natif de Benevento ; la position de Benevento au cœur du royaume de Naples, alors espagnol, d'où venaient ces troupes ; et le fait qu'en 1647 c'était la seule famille Carissimo documentée dans tout le sud de l'Italie. Aucun acte ne l'établit encore.

Ce que cette frise représente. Des lignées, non des populations. Chaque barre suit une famille qu'on peut remonter de génération en génération ; les périodes portées sont celles où les archives la documentent, non celles de son existence réelle, toujours plus longue.

Trois concentrations italiennes n'y figurent donc pas, faute de filiation connue : Altamura, dans les Pouilles, avec trente et une familles, Sezze dans le Latium avec douze, San Felice a Cancello et Casagiove dans la province de Caserte avec dix. Ensemble elles représentent près du tiers des Carissimo d'Italie. Elles n'apparaissent dans les sources qu'au XXᵉ siècle, à une époque où les patronymes étaient fixés depuis longtemps : elles descendent donc nécessairement de porteurs plus anciens, qu'aucune recherche n'a encore identifiés. Dans le Mezzogiorno, cet ancêtre peut aussi bien être un cadet parti d'une des lignées ci-dessus qu'un enfant trouvé à qui l'état civil du XIXᵉ siècle a donné ce nom, carissimo étant exactement le genre de mot affectueux qu'on attribuait alors aux enfants sans famille.

Frise établie d'après les textes « Les Carissimo de France » et « L'histoire des Carissimo ».

Chapitre II

Généalogie

La descendance de Carlo Carissimo est publiée ici jusqu'aux personnes nées il y a plus de cent vingt ans. Les générations suivantes figurent sans être nommées, pour laisser voir l'étendue de chaque branche ; leurs données sont consultables sur demande d'accès.

Descendance de Carlo Carissimo

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Chapitre III

Armes

Les armes portées par les Carissimo sont celles de la famille de Benevento. Elles nous sont parvenues par deux voies qui concordent : la notice imprimée de Spreti, en 1929, et surtout les écus sculptés du portail de la propriété Martini Carissimo à Oria, relevés et étudiés en 2017 par l'héraldiste Marcello Semeraro.

Blasonnement

D'azur et d'argent

Coupé : au 1, d'azur au cœur d'argent surmonté de trois étoiles mal ordonnées du même ; au 2, d'argent à trois barres d'azur.

Troncato : nel 1° d'azzurro, al cuore d'argento sormontato da tre stelle male ordinate dello stesso ; nel 2° d'argento, a tre sbarre d'azzurro.

Émaux
Azur, argent
Meubles
Cœur, trois étoiles, trois barres
Ornements
Heaume ouvert, couronne

Lecture

Figure par figure

Coupé (troncato)
L'écu est partagé horizontalement en deux moitiés égales. Le premier quartier est celui du haut, le second celui du bas.
D'azur
Le champ du haut est bleu.
Au cœur d'argent
Un cœur blanc ou argenté, posé au milieu du premier quartier. C'est la figure principale, et elle porte tout le sens du blason.
Surmonté de trois étoiles mal ordonnées du même
Trois étoiles, d'argent elles aussi, rangées au-dessus du cœur. Mal ordonné est un terme technique et non un jugement : la disposition ordinaire de trois figures est deux en haut et une en bas ; ici c'est l'inverse, une en haut et deux en dessous.
D'argent à trois barres d'azur
La moitié du bas, champ blanc ou argenté chargé de trois bandes obliques bleues. La barre descend de la gauche de l'écu vers la droite du lecteur, à l'inverse de la bande, qui va dans l'autre sens.

Une précision de traduction : en héraldique italienne, une stella compte six rais par défaut, alors que l'étoile française en compte cinq. Une restitution fidèle dirait donc trois étoiles à six rais.

Sens

Des armes parlantes

Le cœur énonce le nom : carissimo, très cher. Les armes ont donc été composées à partir du mot lui-même, indépendamment de toute autre maison. Une branche cadette d'une famille armoriée aurait, au contraire, repris les armes paternelles avec une brisure, selon l'usage constant de l'héraldique.

Les armes des Carissimo d'Ostuni, l'autre blason parlant du nom. Cliquer pour agrandir.

La famille d'Ostuni, dans les Pouilles, en donne la contre-épreuve : elle porte d'or, à trois enfants enlacés au naturel. L'étreinte y dit l'affection comme le cœur la dit à Benevento. Deux familles ont tiré du même mot, chacune de son côté et sans se connaître, deux images différentes de la même idée.

Les ornements extérieurs. Au portail d'Oria, Semeraro relève un seul heaume ouvert timbrant les écus, et une couronne formée d'un cercle serti portant huit perles dont cinq visibles, conforme aux normes fixées par la Consulta Araldica du royaume d'Italie.

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Une absence, enfin. Le nom ne figure ni dans l'Armorial général de Rietstap, ni dans la centaine d'armoriaux agrégés par les bases héraldiques européennes. Ce blason est celui d'une famille patricienne de ville, réelle, mais qui n'a jamais atteint le niveau des grands répertoires du continent.

Les armes que l'on trouve associées au nom sur les certificats vendus en ligne, de gueules à la croix potencée d'or, sont celles des Carissima de Trapani, une famille sicilienne éteinte en 1613 et sans lien démontré avec les Carissimo. Le détail de cette confusion est exposé dans .

Chapitre IV

Documents

Pièces réunies au fil des recherches. Cliquer sur une image pour l'agrandir.

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Chapitre V

Insolites

Le nom croisé ailleurs : une chanson de grève, une enseigne, un autocar, une pochette de disque, une page de magazine, une brève de journal.

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Chapitre VI

Contact

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